dimanche 30 décembre 2012

41 - Périple

p300


Jeu d'enfant. Pas enfantin. Mais simple. Un pari. Partir d'un point vers un autre. Ne pas se faire voir. Invisible, silencieux, en harmonie avec la forêt. La nudité en devient accessoire. Accessoire mais nécessaire. Car s'éloigner du petit tas de vêtements c'est abandonner volontairement la sécurité.

 
p302






Ces trajets tragiques de temps à autre nécessaires exigent un total abandon des conventions. Aucun témoin. Nul honte. L'enfant enfoui en soi devient parfois impétueux. Cette expression du corps dépouillé de ses oripeaux rend au corps sa vérité, sa liberté, son originalité.

lundi 24 décembre 2012

35 - Les boules !


noel3


Déjà que l'orgie de rouge et de blanc confine à l’écœurement. Pas de guérison en vue pour la légendaire cécité occidentale durant la trêve des confiseurs : les vitrines chics justifient les hypermarchés de la mal-bouffe, l'orgie des cadeaux camouflent mal les files d'attente devant les Restos du cœur.
  








effortAvalanche de mauvais goût assurée quand les gays s'en mêlent. Le Père Noël stigmatise toutes les frustrations, les cauchemars, les angoisses, les traumatismes de chaque enfant. Le débonnaire « Oh-oh-oh » sonne pour certains comme une oraison funèbre, l'assurance de revivre des souvenirs pourtant si péniblement enfouis.

noel1En cette période compliquée, on aurait apprécié un Noël simple : le sapin, ses boules, ses guirlandes, des enfants, leurs cadeaux, les parents, la famille...de la neige ? Même pas cette année ! De grandes folles idiotes s'esclaffent sur le mot « boules ». D'autres s'étouffent au mot « famille »...





Aussi, pour combler ces vides, ici, un combat. Et un seul vœu pour 2013 :
mains

12 - xǐ (禧)

f2




Depuis quelques jours, l'horreur colonisait chaque instant. Ses silences, d'entières journées sourdes résonnaient à mes tympans. Acouphènes intolérables. Cauchemars, nuits écourtées, rêves amers... 


 




dormir7



Trop c'est trop, disent-ils ? Quelqu'Un a dû penser cela aussi. Ou est-ce mes prières secrètes marmonnées lorsque la douleur se faisait trop forte ? Ce matin, Maki prévient : pas question de passer Noël loin l'un de l'autre ! Il vient, donc.







禧 xǐ  bonheur





Le bonheur peut se dire [] en Chinois :

lundi 17 décembre 2012

10 - Anniversaire

romain garyCette petite bonne femme toute ridée m'est inconnue. Elle geint ses tracasseries, pleure sa solitude, soupçonne un complot. Gary avait tort. Pas une seule larme versée sur ce petit tas de misères qui s'épanche au téléphone ? Jamais je ne reviendrai gueuler sur la tombe de ma mère.

pensif





Cette petite bonne femme toute ridée ne peut pas être ma mère. Impossible. Impossible car mon amour décore. Mon amour des corps peint, dépeint, repeint l'Autre. Ainsi revêtu – laideur, infamie et ignominie l'abandonnent. Splendide, sublime, merveilleuse : voilà ma mère !


Mes yeux de 52 ans perçoivent-ils mieux la vérité ? Ou sont-ce ses 88 ans qui déforme cette réalité ? Ce ramassis un peu sale insulte mes souvenirs. Sans doute m'aime-t-elle néanmoins. Mais qui saura me rendre cette mère qui ne fut jamais vraiment une maman ?
pellicule

dimanche 16 décembre 2012

09 - Tirailleur tiraillé

tsahalNovembre 79, obéir à Massoud, aux montagnes du Pandjchir où l'Armée Rouge se fourvoie. Ou encore : 19 septembre 1982, accompagner Genet à Chatila. Ou encore : non loin de Rabin, ce tragique 04 novembre 1995 à Tel-Aviv. Et puis aussi avec les enfants de Gaza. Et dans les bus de Tel-Aviv encore, déchiquetés. Ubiquité intellectuelle. Incapacité notoire à choisir un camp plutôt qu'un autre. La position confortable de l'Européen, au chaud, pourtant transpercé par les misères du monde.
sageUn camp, l'autre : peu importe. Tous frères ! Choisir revient à trahir. Tous frères, infatigables porteurs de maux. Insatiables acteurs de révoltes. Voilà, ici, mes frères : Ahmad Shah, Jean, Yasser, Yitzhak : chacun de ces prénoms complètent le mien. Le cimentent, rassemblent en moi mes postures si différentes, gomment mes contradictions et déjouent l'imposture.
« Pourquoi soutenir Israël ?, s'insurgeait Yopé, et ne me dis pas que c'est à cause de l'holocauste ? » Ben si, justement ! Instinctivement, je ne peux que répondre « si ». Parfois, devant un auditoire, ma voix se fracasse à l'évocation de tel ou tel génocide. Puis se ré-arme – chevrotante, d'une colère volcanique – à la rage de combattre les Loups. Mes combats sont des émotions.
eau6 reduit

jeudi 13 décembre 2012

34 - Assassins


liens

Qui a osé pousser ce soupir ? Eté 1982, Mitterand tient sa promesse : les pédés ne seront plus condamnés. Dépénalisée, l'homosexualité s'affranchit de la loi des Hommes. Plus jamais les cadavres ne s'exposeront aux gémonies. Du haut de mes 22 ans, je sens bien qu'une vie ne suffira pas à gravir tous ces escaliers : tant des liens entravent mes poignets !
Qui a osé pousser ce soupir ? Eté 2013, Hollande se décide enfin à autoriser le mariage pour tous. Légalisée, la famille – devenue protéiforme – offre enfin un écrin pour chacun. Y adhérer ou pas est un autre débat. Mais déjà la rue se noircit d'antivégistes, d'évangélistes, d'intégristes. Du haut de mes 52 ans, je vois bien qu'une vie n'a pas suffi à combattre ces hystériques ( -istes hérétiques ? )
iranQui ose pousser ces soupirs ? Combien d'hécatombes encore pour convaincre les Intolérants qu'ils ne sont que les embaumeurs infidèles d'une momie ? D' Occident en Orient, l'Intolérance devient une arme universelle. Ceux-là mêmes qui – de par le monde, sans relâches – combattent ce droit à l'égalité des droits par des lois parfois, aboient avec les mêmes loups fous qui louvoient d'émois en émois, érigent peurs et angoisses comme des boucliers... Ceux-là prêchent un Amour et nient en être les assassins.
parents

mercredi 12 décembre 2012

08 - Lointains

p297Une forme longue, efflanquée, ombrée s'agite derrière la vitre. On devine ses mains savonneuses sur la peau mate. Tap-tap-tap. Mon index tapote la vitre. Son regard peine à me distinguer au travers de la buée. Tap-tap-tap. Le son le guide. Sourire machinal : Farid – sous la douche, tout occupé à son corps – ne pense déjà plus à moi.

Je voudrais : écarter le rideau, lui savonner le cuir, m’attarder à son sexe, le provoquer, m'offrir à lui. Pourtant je reste au lavabo, concentré à ma toilette. Plus que de la buée l'empêche de me voir. Plus qu'une paroi vitrée p298nous sépare.






La distance s'aggrave. Avec le temps. Avec ses paroles. Cruels, les mots de Farid rivalisent avec ses étreintes. Se contenter de l'instant. Ses caresses me suffiraient si ses mots ne déchiquetaient mes bonheurs. Au nom de quoi bannir tout espoir : son mariage ? Sa religion ? Sa honte ?
p299

lundi 10 décembre 2012

07 - Icare

perfect


Julien  m'avait répondu au questionnaire de Proust par ces mots : «  Pour ta réponse 3, si tu as un peu de temps, assieds-toi, je t'explique ». La réponse 3 ironisait sur l'existence des femmes. Personne ne pourra lui nier son esprit d'à-propos. Le Julien, là, il possède une sorte de perfection.



agression



Ecrire sur lui s'entend donc comme une tentative de distanciation : s'en éloigner, s'en détacher, s'en séparer. M'éviter absolument de prendre des coups, de sombrer dans une idiote admiration béate. Tels des soleils redoutables, ces sortes d'hommes-là me blessent. Trop de perfection m'insole.





Quoi de plus ont-ils ? Des regards posés sur eux qu'ils aimantent. Des amants qui les regardent, hypnotisés par cette parfaite insolence qui fait leur carapace. Ces hommes-là irradient. S'approcher d'eux, dans l'espoir d'échapper au labyrinthe du quotidien, tient de la folie.
larmes

jeudi 6 décembre 2012

06 - Trompe-Warhol : un Primate sans Cravate (partie 3/3)

Le 08 septembre 2012, surprise : il vient de perdre ! D'ordinaire, ce genre d'émission m'émeut d'autant moins que le candidat éjecté l'est avec un joli pactole. Mais celui-ci n'est pas les autres. D'abord, il est noir de peau, une rareté à la télé française, encore très gaullienne malgré tout. Ensuite, il a une petite gueule bien sympathique (d'autant qu'il ressemble sérieusement à Maki). Mais surtout, enfin, pointe sous le discours inhérent au genre une intelligence. Nagui a le temps de citer le blog du malheureux Julien (cliquez sur l'image pour vous rendre sur son blog)
clavier sw
Goguenard, s'y précipiter dans l'espoir de résoudre ma contradiction. D'emblée, une plaisante claque : ni nombril ni miroirs obscènes. Quelques pages noircies de compliments attendus mais surtout une ribambelle de billets captivants, de points de vue alléchants, d'idées intelligentes.
Le Julien déjoue les codes et les attendus. On cherche Andy Warhol ? On trouve Lou Reed ! Sa Factory à lui : son cerveau. Son intelligence, son œil aiguisé, ses mots : des lunettes qui nous permettent d'admirer un monde que l'on croyait sale de conneries. Rien que pour cette intelligente thérapie, merci Monsieur Julien.
julien

mercredi 5 décembre 2012

05 - Trompe-Warhol : de 17 à 31 (partie 2/3)

visage










Le blog en question se prête à ce style de réponses décalées. Ce questionnaire de Proust n'a été qu'une occasion supplémentaire de diluer du vrai dans du faux.













17 - Mes héroïnes favorites dans la fiction.
Les mêmes que dans la réalité : aucune.
18 - Mes compositeurs préférés.
Jay-Z.
19 - Mes peintres favoris.
Bourvil dans La Grande Vadrouille.
20 - Mes héros dans la vie réelle.
Mon papa (qui me manque beaucoup). Mes amis qui le remplacent vainement.
21 - Mes héroïnes dans l’histoire.
No drugs.
22 - Mes noms favoris.
Oui. Oui. Et oui.
23 - Ce que je déteste par-dessus tout.
Tout ce qui est en dessous de tout.
24 - Personnages historiques que je méprise le plus.
Celui qui anéantira l’Humanité.
25 - Le fait militaire que j’admire le plus.
La poursuite de la première proie du premier hominidé : enfin il marche comme un Homme !
26 - La réforme que j’estime le plus.
La mienne, en juillet 82, à la caserne de Valenciennes ! Exempté !
27 - Le don de la nature que je voudrais avoir.
Aucun, je les ai déjà tous.
28 - Comment j’aimerais mourir.
Comme mon père : jamais.
29 - État présent de mon esprit.
Proche de l’Ohio ?
30 - Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence.
Toutes celles des autres tant que ce ne sont pas les miennes.
31 - Ma devise.
Le yen.

Mais pourquoi lui ? Pourquoi avoir été aimanté par ce personnage ? Pourquoi tant de contorsions sémantiques face à un inconnu célèbre ? Pourquoi me livrer ainsi, me déshabiller autant face un célèbre inconnu ? Que signifie donc cette infernale escalade ?
p296

lundi 3 décembre 2012

04 - Trompe-Warhol : de 1 à 16 (partie 1/3)

jouerLors de mon passage sur son blog, j'ai répondu ceci aux seize premières questions du fameux "questionnaire de Proust" qu'il proposait :

1- Le principal trait de mon caractère.
Mon caractère n’a pas de stries.
2 - La qualité que je préfère chez un homme.
Mon reflet dans son regard.
3 - La qualité que je préfère chez une femme.
C’est quoi une femme ?
4 - Ce que j’apprécie le plus chez mes amis.
Je dois vraiment parler de ça ici ?
5 - Mon principal défaut.
Le premier d’une longue liste.
6 - Mon occupation préférée.
Maman m’interdit d’en parler en public.
7 - Mon rêve de bonheur.
Sortir du malheur.
8 - Quel serait mon plus grand malheur ?
Sortir du bonheur.
9 - Ce que je voudrais être.
Mes amis.
10 - Le pays où je désirerais vivre.
Ishigaki sur l’île éponyme, au sud du Japon. C’est pas trop loin de l’amour de ma vie.
11 - La couleur que je préfère.
Bleu.
12 - La fleur que j’aime.
Celle que j’ai perdue à 11 ans.
13 - L’oiseau que je préfère.
Le petit qui sort mais pas de l’appareil photo.
14 - Mes auteurs favoris en prose.
Jean Genet et Edmund White.
15 - Mes poètes préférés.
Rimbaud et René Char.
16 - Mes héros dans la fiction.
Les mêmes que ceux dans la réalité : mon défunt père, mes amis.

Toujours j'ai considéré qu'il me fallait jouer d'un certain déséquilibre pour parvenir à un juste aplomb.
p295

dimanche 2 décembre 2012

40 - 褌 (partie 2)

mishima


1969 à Tōkyō. Mishima pose sous les lumières de Tamotsu Yatō qui lui sculptent un corps noueux, éternel, sexuel. Âgé d'à peine 8 ans, déjà je sais. Etrange sensation découverte bien plus tard – lorsque l'adulte découvrira ces clichés d'un autre âge, déjà révolu, rêvé, idéalisé puisqu'il représentera l'Enfance.



fundoshi


Il pose pour moi. Forcément. Mishima ne fixe pas l'objectif : il me regarde. Fascinant, le fundoshi l'érotise. Alors Mowgly devient un divin compagnon de jeux, vite insuffisant. Le corps ainsi dépouillé, exhale de profondes senteurs prometteuses. DéDiorisé, déChannelisé, désArmanisé, le corps soudain redevient animal. Tatoué, il saigne sa sauvagerie bannie des villes.


fundoshi8
Etre enfin, être. Soi. Se sentir. Se sentir soi. Frôler. Une peau nue, odorante de ses sueurs. Avec l'âge, le fundoshi est devenu un refus. Le veto à toutes ces bêtises bétonnées. Le rappel de ces profondeurs enfouies en nous-mêmes. Encore plus tard, Maki rencontré, le même morceau de tissu cotoneux me reviendra en mémoire. 
p294