vendredi 27 mars 2026

Le pas sauté ! (partie 3/3)

 

 

 

Une trentaine d'hommes. Magnifiques mais  ils ne sont qu'eux-mêmes : marqués tous, tatoués certains, déguisés la plupart, drogués beaucoup. Un point commun -- peut-être cela les réunit -- d'avoir été lacérés par la vie menée.

Une vie de débauches dans laquelle le sexe est une obnubilation. Et je me jette à corps et raison perdus dans ces méandres de bras, de queues ; ces entrelacs de sueurs, d'odeurs.

 

 

Au détour d'un regard, une chevelure, un sourire, une silhouette...et un son perçu malgré la musique lancinante. Une main me travaille qui ne parvient pas à me détourner de cette étrange apparition : Lui.

 


 

 

La nuit se déroule de corps en corps, de mains en mains. Les violences sont consenties, approuvées, exigées. Satisfait, je m'endors à l'étage, fatigué et repu. Un autre que Lui viendra se donner son plaisir sur moi.

Au petit matin, repartir. Sans savoir que son prénom. Obtenu l'air de rien dans le flot d'une conversation. 



 



Le pas sauté ! (partie 2/3)

 

Accroché deux ans auparavant, jamais rencontré du fait de ces fatigues, j'acceptais enfin sa proposition de venir passer un samedi soir dans ce qu'il appelait une "fist party".

Jamais fréquenté une boite à cul ni un sauna ni un festival. La Gay Pride observée de loin à la télé...autant dire que je redoutais mon accord.

La maison était isolée en pleine campagne, personne ni même un chien. Marc (ainsi je le désigne) m'ouvre la porte pour me dire qu'il part chercher un participant à la gare. Me laisse seul dans la maison : "mon mari ne va pas tarder à revenir de son travail." J'ai dû avoir l'air inquiet, Marc ajouta : " il sait que tu es là, je viens de le prévenir. Vous ferez connaissance".

Au rez-de-chaussée, une grande pièce chauffée au feu de bois, deux grands canapés, trois slings. Pas de musique encore ni de jeux de lumières ni d'odeurs de mâles, de poppers. Je me cale dans un canapé, bombardé de questions dont la principale est : mais qu'est-ce que je suis venu foutre dans ce merdier ? Au bout de trois quarts d'heure de silence sans réponse nette, je me lève, empoigne mon sac...La porte s'ouvre, le mari entre.

Au bout de dix minutes d'une conversation fort aimable, intelligente, émaillée de souvenirs en commun de nos lieux d'enfance, je décidais de rester. Rassuré de n'être pas tombé dans un piège au beau milieu de nulle part.

Les invités sont arrivés au compte-goutte. Mais pas Lui encore... 

jeudi 26 mars 2026

Le pas sauté ! (partie 1/3)


Pourquoi ai-je osé franchir si tardivement cette frontière ? Double réponse.

 
 
 Depuis si longtemps que je n'ai écrit ici, tant de choses sont venues modifier mon paysage ; des morts regrettées, pénibles à supporter, à surmonter. Et toujours ce lent et difficile travail sur soi opéré pour se déferrer de ces chaînes pesantes de la perte ; des affections, signes de l'âge inéluctablement avancé : sciatiques, zona, hypertension... ; des circonstances lourdes à gérer : les confinements répétés dus au Covid, les espoirs et les déceptions engendrés par. Et les efforts surhumains que cela a entraîné : paraître solide, endosser ce rôle de référent au près de cette jeunesse déboussolée. Des travaux nécessaires dans ma maison et les fatigues extrêmes à charrier, pelleter, dégauchir, cimenter, peindre, etc.
La retraite enfin. Avant l'heure mais tellement attendue, tant pis pour leur décote de fonctionnaires. Vite fuir un système que les années ont fini par faire haïr. Un seul regret : ne plus côtoyer ce bain de jouvence mentale qu'étaient mes enfants -- mes élèves, en fait, tant aimés.