Affichage des articles dont le libellé est Eté 2012. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Eté 2012. Afficher tous les articles

lundi 24 septembre 2012

10 - 広島 Hiroshima

p262



Sèche, aride, la Terre parcourue de chemins illusoires. Certains pensent s'y perdre. D'autres l'arpentent d'une certitude déconcertante. San Francisco, Rio, Tel-Aviv voire Tokyo : inutiles destinations propres à pallier les absences, les séparations, les démissions, les silences coupables, les innocents aveux. 

 





p261


Tout cela valait-il vraiment le coup ? Cette vie-là. En creux de tout. Pleine de riens. Galerie de corps, musée des destins jamais partagés. Vers quelque direction que mon regard porte, toujours la même désolation silencieuse.










p260Silencieux témoin au cœur de grouillantes mégalopoles nippones, l'hibaku jumoku veille. Je suis de ces arbres entêtés d'Hiroshima. Au milieu de mes paysages ravagés, je contemple les Hommes qui traversent ma vie.

En Japonais, les arbres atomisés en 1945 qui ont survécu sont appelés [hibaku jumoku] : 被爆 樹木

 (Pensez à cliquer sur les liens pour éclairer votre lanterne)

dimanche 16 septembre 2012

09 – Inspiration

marcheur


Le passant passe. Lui, il vogue. Ses yeux guide mon trajet. M'empêche de chavirer sur ces écueils publics. Il traverse le passage-piétons d'un pas mâle. Panique à son approche. A sa main, une canette de soda. Midi résonne à un clocher.


A quelques mètres de nous croiser, nos regards s'enlacent autour d'un fil – invisible des autres. Un lien ténu, néanmoins solide. Il me devine, me supplie d'admettre l'évidence : je le trouve très beau, je le désire et peut-être l'aimerais-je après l'amour. Tout à l'heure, je lui gémirai cet indéfectible serment lorsque ses doigts laboureront mon dos ?
chair de poule1Dans un dernier instant commun, aimantés par nos yeux – les siens sont gris ! – nous achevons notre échange. Mes paupières lentement éteignent mon regard. Dans un réflexe ancestral, mes narines s'écartèlent pour aspirer dans son sillage un parfum sucré, intime : lui !
Mais déjà nos chemins se quittent. Notre attirance ne parvient pas à suspendre le temps. Dans un ultime regret, nos regards se remorquent l'un à l'autre. Avant le coin de la rue, tourner la tête : peut-être en fera-t-il fait autant ? Jamais je ne saurais. Il avait déjà disparu.
reflet

vendredi 14 septembre 2012

08 – Un jour mon prince...

p259 

L'alcool sans aucun doute... Pourtant mes mots ne mentent pas. Mais Yopé insiste : 






- Quoi ? Me dis pas que t'as jamais eu de plan cul ! Hein ? Se faire un mec...juste comme ça, en vitesse... Pour te soulager... Ou simplement parce que l'autre était canon, quoi !
- Ben...non ! Jamais, désolé ! J'peux te paraître extraterrestre mais... Non, ça, j'ai jamais fait.

sticky fingersEn même temps que mes lèvres sculptent ma réponse, des images par centaines me flashent la mémoire... Des parties de corps, des grains différents de peaux. Des sexes, des longueurs, des odeurs, des goûts. Beaucoup de regards aussi. Et le plaisir qui les coloraient avec. L'alcool, oui, m'a décoché ce rictus connivent adressé à Yopé. Pas de fausse confession : juste une marque supplémentaire d'amour à l'égard de Maki qui ne perdait pas une miette de cette étrange conversation.
Trop de fatigues accumulées aussi. L'explication s'imposait : les mecs, depuis mes onze ans, une vraie collection d'entomologiste, sans me vanter ! Mais chaque fois le même espoir déçu : que son sperme se transforme en mots d'amour. Un jour, mon prince viendra...
bat

samedi 8 septembre 2012

07 – Plein Sud

p258Cela ressemble à un langoureux striptease. Nos mots soulèvent, l'un après l'autre, des pans de nous-mêmes, nous dévoilent, nous révèlent tels que nous sommes. De confidences puériles en graves éclats de rires, cette soirée de fin d'été achève une lente métamorphose. Ou l'entame. Je ne sais pas. Dans cette touffeur nantaise,Yopé et Maki en sont les témoins. Ou les complices. Je ne sais plus.
p256Un peu d'alcool mais surtout ce nouveau territoire – découvert ou conquis – fréquenté par Yopé et moi, engendre une ivresse inconnue. Les sujets abordés – sans importances en soi – sont autant de prétextes pour oser. Oser se dire. Oser en rire. Oser médire. Les règles jusque-là en vigueur s'abolissent au long de la soirée. Après le restaurant, la terrasse d'un bar gay de Nantes.
Notre nouvel Eldorado semble ne posséder aucune limite, aucune frontière. Cinquante-deux ans de non-dits, de silences, d'hypocrisie déferlent dans de folles plaisanteries. Feux d'artifice de mimiques, de bons mots. Des regards complices bordent ces vastes étendues sauvages d'une amitié inattendue. Lui tracent des chemins balisés, praticables.
Le retour sur Saint-Nazaire fut cruel. Sans Maki, la nuit insupportable devient une plaie. Et quitter Yopé a été un déchirement.
p257

lundi 23 juillet 2012

06 - Made in America

fo1        Sweet King Martin, sweet Queen Coretta
        Sweet Brother Malcolm, sweet Queen Betty
        Sweet Mother Mary, sweet Father Joseph
        Sweet Jesus, we made it in America
        Sweet baby Jesus, oh sweet baby Jesus

D'abord des larmes. Irrépressibles. Adolescentes. Indécentes, à 52 années. Ça tourne en boucle et en boucle et en boucle. Midinette. Comprendre. Jay-Z § Kanye West feat. Frank Ocean. Quand t'as dit ça, tout et rien n'est dit. Made in America, onzième morceau de Watch The Throne. Une facture classique : deux verses, trois hooks.
Kanye West attaque.

Kw1

I told my mama I was on the come up
She said, "You going to school, I’ll give you a summer"

Then she met No I.D. and gave me his number
Ten years later she driving a Hummer
                                               




        Sweet King Martin, sweet Queen Corettafo1
        Sweet Brother Malcolm, sweet Queen Betty
        Sweet Mother Mary, sweet Father Joseph
        Sweet Jesus, we made it in America
        Sweet baby Jesus, oh sweet baby Jesus

 Jay-Z répond.
jayz

I pledge allegiance to my Grandma
For that banana pudding, our piece of Americana
Our apple pie was supplied through Arm and Hammer




Frank Ocean explose le hook. Voix aérienne – douce prière à des dieux païens (les Luther King, Malcom-X)  – divine. Psalmodie inspirée. Du grand Jay-Z. Mais les sons cadencés n'expliquent rien.
Le ton. Le ton et les mots. Hargneux. Noirs. Rageurs. Mal-être congénital cadencé. Pas la même génération. Pas la même nation. Pas la même peau. Pas la même vie. Les mêmes maux pourtant. Une même quête. Une même soif d'être.

Made In America (Jay-Z § Kanye West feat. Frank Ocean) sur l'album Watch The Throne.


mercredi 18 juillet 2012

05 – Impressions décevantes

pe1Mon dos aplati sur le sol, sa figure en plein dessus la mienne. Ses yeux happent mon regard, ses lèvres captent mes lèvres. Mes mollets caressent ses joues. Sa barbe naissante les picotent suavement.
pe2
La douche, enfin. Ses mains sur ma peau. Ses doigts lui impriment des rougeurs. Paupières closes, mon esprit erre. Les marques sur ma peau laissent des traces de peinture. Chaque couleur devient un mot d'amour. Car il m'aime assurément puisqu'il me lave après l'amour.
La porte se referme. Le palier pue. La ville nous éloigne au gré de mon pas. Mon regard inquiet scrute les visages croisés. Tous m'ignorent. Pourtant, tant de couleurs haut portées, ne devrais-je les attirer ? Une vitrine : mon visage s'y dessine : les peintures ont disparu ! M'a-t-il donc si peu aimé ?
pe

samedi 14 juillet 2012

04 – Axiome

Personne ne veut mourir.

p243
 
 
Tout le monde doit mourir. 
 
p245

La question est : comment mourir.

p244

jeudi 12 juillet 2012

03 – Comédie

reveil« Tout va bien, n'est-ce pas ? Tu ne ris pas beaucoup ! »
« Oui, tout va bien. Tu sais, il me faut du temps pour décompresser... Je suis encore tendu... »
Mots banals, banaux, bateaux, bâtards. Conversation mondaine entre une mère et moi. Elle tient son rôle de soi-disant mère. Moi, celui du fils. Divorce tout frais, célibat amer (octobre 2006 : Maki m'est encore inconnu)... Mon quotidien s'inquiète.
eau6« Tu fais toujours la gueule comme ça ? » Juillet 2012, Maki vient de briser notre vie. Le monde soudain s'affaisse. Cette connasse de travail voudrait un sourire ? Le quotidien m'effraie... Tant non pas eu cette chance de comprendre combien la vie est une vaste comédie ! Feux-follets magnifiques d'inconscience. Que ne sacrifierais-je pour avoir un cerveau ainsi spontané ! Ne saisir du quotidien que cette suite aimable de répliques de soap-operas. Faire rire le spectateur, le divertir de l'oppression.
Grimper sur des planches. Savoir malicieusement faire semblant. Se moquer. Dell'arter à loisirs. Rendre chaque instant heureux. Point de corps honteux. Arlequiner. Rendre aux choses leurs couleurs. Les inventer, voire. Polichinelliser les Hommes. Restructurer les phrases. Que tout cela acquiert enfin un sens ! Le monde comme une vaste comédie plutôt que ce piteux mélodrame sans coryphée.
nuque1

lundi 9 juillet 2012

02 – Chat et souris

tree1


Des épaules un peu plus lourdes. Le sentier craquette sous nos semelles. Petite souris. Au travers des frondaisons, une pleine lune perturbe le calme de la nuit. Ce soir, jeu. Lui, le chat. Nous nous suivons à bonne distance, moi devant. La lune lui arrondit-elle son visage ou est-ce le temps ? Quel âge peut-il bien avoir atteint ? La fraiche chaleur de cette première nuit de juillet me nimbe d'un silence tumultueux.







petales



Ces questions – telles des feuilles virevoltantes – me griffent : m'a-t-il reconnu ? A son souvenir, des images de moi se sont-elles rappelées ? Peut-être de mon dos – noueux alors – lorsqu'il me tordait les épaules sous son plaisir ? De mon cou duveteux où ses dents laissaient une marque chaque fois ? 25 ans, un trop long chemin pour de si jeunes souvenirs ?




Il passe devant moi cette fois. Ne s'arrête pas. Pourtant il m'a suivi. La nuit le rend soudain agaçant. Qu'ai-je à faire de ce fantôme-là, ressurgi de l'autre bout du pays ? Revient-il pour l'enterrement d'un proche ? Régler quelques papiers d'une succession ? Le jeu me semble futile. Qu'a-t-il à faire de moi pour ce soir ? Sa vie est ailleurs. La mienne, nulle part. Pas avec lui quoiqu'il en soit. Je redescends la pente sèche vers le parking. Ma portière claque amèrement. Expression idiote d'une colère indicible : mes pneus crissent.
nuit

vendredi 6 juillet 2012

01 – Inimportances

p240


N'attendre rien des coins de rues. Vivre d'une bouffée l'autre. Les phalanges jaunies. Se ficher de tout puisque d'avoir compris l'inimportance du monde. Ne porter que sur soi les choses de la vie. De toute une vie. La pressentir fulgurante. Cesser de guetter les passants. Attendre qu'ils s'arrêtent à soi, curieux, demandeurs. Clients, fort encore de ce pouvoir de jeunesse. Néanmoins étonné d'avoir hérité de cette mortelle séduction. Cette terrasse de café me déprime, en dépit du soleil.
 Le cran remplace la raison. Vivre une sempiternelle adolescence. Pas de choix. L'instinct dicte. L'envie prime. Ainsi vivait Bruno, enfant terrible des années 80. Comme cela. Ses charmes charmaient le monde. Le monde s'enchantait sous son regard noir. Le monde s'aveuglait de ce feu d'artifice.
1999 : Bruno, sur ce trottoir, s'écroule à quelques pas de cette terrasse. Le vent se lève. Des papiers gras, quelques feuilles mortes encore, des mots de crainte virevoltent au milieu de l'inimportance de ce monde. Seul là, Bruno me manque désormais.
p242