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jeudi 27 août 2015

24 - Patriote !

Chaque jour, patriote en diable ! Bleu - blanc - rouge ! Au repas du soir, trois pilules font de moi le citoyen exemplaire d'un pays de bannis. Une contrée sans libertés...ou alors une seule : le droit de survivre ou de mourir. Ce qui n'est pas un choix. La contrée se peuple d'une palanquée de monuments. La plupart célèbre nos morts. Des myriades d'anonymes insultés, bafoués, méprisés, proscrits. Rarement choyés.

La jaune est un grain de folie dans cette absurdité patriotique.





 [Celsentri®300, Norvir®100, Prezista®800 et Crestor® 5 mg].

mercredi 30 octobre 2013

22 - La honte

riviere1Les sourcils froncés à mon explication, déjà, c’était pas bon signe… A 400 € la boite, elle doute de ma bonne foi. Commerçante jusqu’au bout, elle s’escamote dans l’arrière-boutique pour vérifier… Ne trouve pas… Alors elle gueule !…elle hurle à travers l’officine ! Elle dénonce ! Elle montre du doigt ! Elle stigmatise !
Mais pourquoi elle ne se tait pas ? Merde…bientôt, elle va crier au secours ! Les gens vont accourir, m’accuser...les mains ligotées dans le dos, me lyncher. Gibier de potence au réverbère. Pédé ! Sale Juif !, qu’ils me traiteront… Et tous sauront : mes amis, mes voisins, mes collègues, mes amants d’un jour, ma famille, les commerçants…
La pharmacienne ne trouve pas ma commande…Qui s’est occupé de la commande de Monsieur, là ? Le Prézista 800©, il est où ? J’le trouve pas ! Dans mon dos, tous les regards me poignardent, méfiants déjà. On devrait obliger les pharmaciens à être psychologues.

dimanche 10 février 2013

21 - Airs (of) graves

voile

Un sourire kabyle moins sanglant que ces blessants silences ? N'avoir retenu que des cous à la peau duveteuse, soyeuse forcément et juvénile malgré tout : une vengeance ignoble. En quoi consiste ma traitrise ? Chaque fois que je me retourne, dans mon dos, ces ailes dont chaque plume porte le nom d'un de ceux-là, terrassé. Foudroyé dans l'élan de sa pauvre jeunesse de pauvre. Fichu en terre, moribond – comme planté – agonisant va-nu-pied, fauché d'un coup de rein innocent. Empalé par un ange aux ailes tristes.
gouttes1
Parmi les épitaphes, quelques-unes remémorent des sourires, vagues désormais, presque effacés de ma mémoire. N'en reste que les ombres, évanescente idée, oui. L'idée du sourire de celui-là, pétrifié la veille de nos jeunes printemps. Où donc se cachent-ils, ces oubliés ? Quelles allées caillouteuses remonter pour de nouveau les rencontrer ?


Les cimetières suintent – transpirent, respirent, aspirent à – ces airs graves. Ces travées-là, trop exiguës pour mes ailes douteuses, ne conviennent qu'à l'étroitesse des cercueils. D'ailleurs, aucun de leurs larges rires n'éclaire mon présent. Nuageux. Sombre. Obscur. Noir. Si noir, qu'aucune blondeur ne se risquerait à déranger.
perdu7

mardi 17 avril 2012

20 - 梦 (mèng)

p177
Une plage. Des corps nus. Dont le mien, semble-t-il. Le paravent des corps, aisé, pratique, commode. S'exposer, cacher. Le regard inquisiteur glisse, rebondit, ricoche sur la surface attirante de la peau. Deux mois pour justifier cette insane volonté de vivre quand même. Malgré les Carmello, les Stéphane et tous les cons aux regards assassins.


p175Cette plage-là, bretonne, pansa mes peines. Fréquentée jadis dans les bras jeunes d'anciens amants d'antan, elle fut une rade accueillante. S'y reposer le corps et l'esprit d'y voguer. Ici, tout s'accepte. Affaissement des frontières. Extinction des limites. Ou le contraire ? La Réalité se mue en Rêve. Ou le contraire ?

p176Ses yeux me détaillent. Me veut-il ? Ses mains aventureuses rassurent mes craintes. Ses doigts salés caressent mes outrageantes cicatrices. M'a-t-il eu ? Nos corps – de nouveau disciplinés – acceptent les vagues comme autant de vaines promesses. Séparés, plus jamais leurs chemins ne se croiseront. Que nous importent les directions ! Elles traceront de toute façon un monde visible, préhensible, admissible.
En cette fin d'après-midi d'août 2006, mes yeux clignent face au soleil déclinant. Entre lui et moi, cet homme qui pense que je le regarde. Je reposerai ma tête dans un soupir de négation. Le rêve peut se dire [mèng] en Chinois :
rêve (mèng)

jeudi 12 avril 2012

19 - 碰钉子 (pèng dīng zi)

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Halètements excitants, dos noueux, fessier tendu : tout chez lui chassait la morosité que m'imposait le mogwaï. Une fois la capote jetée, c'est lui qui a voulu mon 06. Deux jours après, Stéphane évoquait déjà notre future vie commune ! Ne pas mentir aux autres ni à soi – une règle enseignée par Carmello.







streap



Donc la semaine suivante, la sonnette de l'appartement retentit. Café, petits gâteaux, musique de fond : tout est prêt pour lui assener la nouvelle. « J'ai quelque chose à te dire » : le beau Stéphane m'a écouté jusqu'à cette phrase fatidique. Après, mes mots n'avaient plus vraiment d'importance car il ne les écoutait plus.









rangPoli, en silence, il a attendu la fin de notre conversation. Vers 17h00, a pris congé, a promis de réfléchir et de me rappeler le lendemain. J'attends encore. Bien-sûr. Evidemment. Une fois la porte refermée, affalé, terrassé, étendu nu sur le sol. Oublier tous ces cons qui vous claquent les portes au nez, vous enferment dans des prisons bien plus pénibles. Ceux qui vous exilent des rangées bien alignées de leurs cohortes de bien portants.


Essuyer un refus peut se dire [ pèng dīng zi] en Chinois :
碰钉子 pèng dīng zi

samedi 31 mars 2012

18 - Biàn huà ( 变化 )

p170Ce serait le Celsentri ® qui provoquerait ces problèmes de foie ? Fa l'a changé contre de l'Isentress ® . « Au lieu de deux comprimés bleus, vous en aurez deux roses. » Oublié le formidable point dans le dos, pile entre les omoplates, qui m'a paralysé durant une heure ! Et les diarrhées qui m'obligent à maintenir une distance raisonnable avec les toilettes... Les vicissitudes du mogwaï, quoi !

assis1701 Truvada ®, 300 Celsentri ®, 227 Isentress ®. Chaque cachet est estampillé d'un chiffre qui correspond à... A quoi au fait ? L'ancien traitement totalisait 1001 points. 928 pour le nouveau. On se distrait comme on peut, hein ? Peut-être un jour, le total sera égal à zéro ? Le virus terrassé, achevé enfin ?
Mon médecin-traitant a accepté de m'écarter de mon travail quelques jours. Le temps de m'habituer au nouveau traitement. De quoi rassembler les morceaux éparpillés, reconstruire mon image. Gérer ces métamorphoses usantes.变化 biàn huà changement


Biàn huà, [ 变化 ] changement en Chinois

mercredi 28 mars 2012

17 - huǒ kēng (火坑)

regarder2Fa étonnée, l'instant est rare qui ne dure pas d'ailleurs. Immédiatement, les questions fusent : « Vous buvez, Monsieur Chose ? » « Vous avez eu des rapports à risque ? » « Consommez-vous des produits provenant en direct d'une ferme ? » « Absorbez-vous d'autres médicaments ? »... Une averse de questions. Répondre au plus vite, le plus honnêtement possible : rien de simple car Fa continue de pianoter son clavier, indifférente à mes réponses.
Pourtant, en très grande professionnelle, elle capte tout : le moindre changement de ton, la plus petite hésitation. Recoupe même mes réponses en espaçant une même question reformulée. Cherche mais ne trouve pas encore ce qui déséquilibre mon foie. Les résultats ne sont vraiment pas bons depuis deux mois.
regarder

Elle a craint une hépatite C. Mais non ! Ouf ! Les A et B, pas possible. Donc c'est autre chose. La E est envisageable. Tout comme une interaction médicamenteuse. Elle ne sait pas encore quoi. Son inquiétude déteint sur moi. Sauf que la sienne est purement scientifique. Mon inquiétude à moi est radicalement autre : elle me paralyse d'effroi.


La perspective d'un dérèglement non-maitrisable du corps me fait entrevoir une fin proche. Une lutte absurde puisque contradictoire s'engage : chasser les mauvaises habitudes alimentaires et combattre les angoisses de la Mort.

enfer [huǒ kēng]

La vie infernale, l'enfer, l'abîme peut se dire  huǒ kēng  [ 火 坑 ]

lundi 9 janvier 2012

16 – Snapshot injuries

photoC'était quoi son but ? Détruire mes défenses ? S'insinuer au plus profond de mes cellules ? Phagocyter ? Ainsi rongé de l'intérieur, mon corps devint d'un verre délicat. Fragile. Léger. Aérien presque.

photo1




Une fois le corps conquis, le mogwaï te mange ton image. Et ta transparence te trahit. Le regard de l'Autre te transperce, te juge, t'humilie. Et tu supplies l'instant de te retrouver seul d'arriver au plus vite. Et une fois face à ton propre miroir, tu te brises en mille larmes. Et tu n'oses bouger, de peur de marcher sur ces morceaux coupants.
En abattant mes défenses, le mogwaï a tué mon image. Et en tuant mon image, mon reflet. 
photographe

samedi 19 novembre 2011

15 - Prédiction funeste


15 – Prédiction funeste« Je te souhaite de l'attraper un jour  ! » Le ton, sec, méchant, de Bruno se veut vexatoire. En ce mois de janvier 1993, il tente par tous les moyens de recoller notre couple. Là, il m'a suivi de loin en cette fin d'après-midi jusque dans ce tunnel où je me suis engouffré avec une silhouette trentenaire, élancée, prometteuse.
15 – Prédiction funesteLe pantalon sur les chevilles, mes fesses tendues à son désir, je dois prendre appui sur la paroi pour ne pas m'affaler sous ses coups de rein. Des ombres passent devant l'entrée, presque inconnues. Craintives, aucune n'osent se joindre à notre joute sexuelle. Parmi elles, celle plus familière de Bruno, en colère. En colère et en vie pour encore cinq années, saura-t-on plus tard.
Sur le moment, cette invective me choque. Peu habitué à ce qu'on m'aime, je connaissais mal les capacités morbides des amoureux éconduits. Souvent j'entends encore ces mots, le ton cruel qui n'était que le signe désespéré d'un amour perdu. Ma mémoire me les ressert à l'occasion, lorsque je perçois dans mon miroir le mogwaï. Tant de sauvagerie me laisse pantois, encore aujourd'hui.
15 – Prédiction funeste

jeudi 6 octobre 2011

14 - Colère froide


14 - Colère froideUne seule envie : frapper ! Cogner ! Massacrer ! Parce qu'un mur d'incompréhension se dresse. Au téléphone, une secrétaire obtuse. Elle gère son carnet de rendez-vous. Impersonnelle, administrative. Je dois changer la date pour raison professionnelle. Et le seule possibilité allonge le délai de trois semaines...

14 - Colère froideFa a pourtant fixé, précise comme d'hab', ce délai à six semaines. Il faut encore vérifier quelques paramètres sur le foie et les reins. Des mains de l'infirmière à celles de la secrétaire, il y a un Sahara qu'il me faut franchir. C'est souvent très difficile de revenir aux réalités crues. Une fois les choses négociées, on rejoint la voiture, écrasé d'une fatigue d'esclave.
14 - Colère froide
Modifier un rendez-vous au téléphone : le défi ! La raison administrative n'en a rien à battre de la raison médicale. La rage monte peu à peu. Une certaine colère répondrait bien à cette absurdité frigide. Mais à quoi bon ? Je sais une autre façon de me battre.
14 - Colère froide

mercredi 5 octobre 2011

13 – Fort enfin !

13 – Fort enfin !
L'autre jour, un bras de fer se propose. Une manière comme une autre d’appréhender un monde adulte fuyant encore. Ces défis importent beaucoup aux gamins aussi je ne les refuse jamais. Mais là, j'hésite. Le dernier m'avait, il y a deux ans, coûté – outre une défaite – beaucoup. Muscles fondus...effets secondaires du mogwaï...
 
13 – Fort enfin !
Indésirable mais pas exactement irrémédiable. Question de volonté. Piqué au vif par cette cuisante défaite, amplifiée par un ventre de plus en plus proéminent qui faisait rire beaucoup à mes dépens... Avec la régularité d'un métronome, je me bouge depuis quelques mois : soulever des poids, marcher, arrêter de fumer, faire beaucoup l'amour, cuisiner simplement. Piqué au vif. 50 ans, soit. Vieux ? Jamais !
En 14 mois, 5 kilos perdus, histoire de revenir à un poids correct. Mon ventre s'est aplati, affermi. Mes cuisses modelées. Mon fessier se sculpte peu à peu enfin. Lorsque je me regarde dans le miroir, je m'admets de nouveau. Et sur la plage, cet été, nu parmi les nus, j'ai brillé ! Ni Scharzy, ni Rambo : juste moi, enfin (re-)devenu acceptable.
13 – Fort enfin !
Et le gamin de l'autre jour, si impressionnant ? Mangé ! Digéré ! Déféqué ! Vert de rage, l'ado fanfaron ! De nouveau fort, je suis.

mardi 27 septembre 2011

12 - 漠 (mò)


12 - 漠 (mò)Plus de dix ans à vivre en compagnie de ce mogwaï m’a sans doute appris à gérer les angoisses qu’il ne manque pas de générer. Du coup, le parcours ressemble moins à une traversée du désert. Ceci dit, à quelques heures d’un énième rendez-vous avec Fa, la tension me frappe les tempes, mes jambes flageolent. Les coups de boutoir de Farid ne calment rien.



12 - 漠 (mò)L’objet du rendez-vous n’est pourtant pas énorme : juste vérifier ce que je sens déjà, savoir que le nouveau traitement fonctionne bien. Mais les mains de Fa sur mon corps, son regard inquisiteur sur ses instruments qui me scrutent, ses questions opportunes qui me dérangent toujours (« Comment allez-vous, Monsieur Chose ? Pas de prise de risque ? ») -- tout cela a le don de me déstabiliser... Je réponds toujours clairement, simplement et systématiquement sans mentir. Mon salut est à ce prix qui me coûte cher : dévoiler le plus intime de moi-même à une inconnue que je connais. Toujours cette image de l'enfant fautif face à sa mère érigée en juge.
12 - 漠 (mò)
Le désert, [ mò ] en Chinois.

vendredi 19 août 2011

11 - 苦楚 (kǔ chǔ) et 指望 (zhǐ wang)

 
11 - 苦楚 (kǔ chǔ) et 指望 (zhǐ wang)
 
 
kǔ chǔ

J'ai écourté ces vacances 2011 par obligation : dans quelques jours, Fa finalisera le changement de traitement initié fin mai [ cf. 08 - wànsui () dans la rubrique Mogwaï ]. L'objectif est de n'avoir qu'une seule prise d'un seul cachet par jour.
Dix ans d'enfer – et plusieurs tentatives de réorientation de thérapie – m'ont appris à rester calme face au changement. Et surtout à faire aveuglement confiance en Fa. Mais pour être vraiment honnête envers moi-même, je dois avouer que mes nuits s'agitent de plus en plus.
Ceci dit, si cette nouvelle trithérapie fonctionne sur moi, j'aurais – en dix ans – parcouru un chemin exactement inverse à ce que j'envisageais alors. De la détresse ( kǔ chǔ ) à l'espoir ( zhǐ wang).

11 - 苦楚 (kǔ chǔ) et 指望 (zhǐ wang)  zhǐ wang

dimanche 19 juin 2011

10 - Ecrire

Et il a bien fallu réapprendre à être. Autrement. Différent. Le plus difficile, c'est les autres. Surtout s'ils sont proches.
10 - EcrireOctobre 2001 : sur le chemin de cette renaissance, j'ai éprouvé le besoin vital de dire les choses, le plus simplement possible, à mon fils. Je ne l'ai pas fait directement. Il aurait été en âge de comprendre. Je n'ai pas voulu lui imposer cette défaite. Mon propre père ne m'a pas appris à faire ça. Alors je lui ai écrit un cahier. Et puis deux. Il les lira plus tard. Sans doute à ma mort. Ou lorsque mon mogwaï aura décidé de se manifester de manière irréversible et visible. Lui écrire quoi, donc ? Hé bien, juste essayer de lui expliquer comment on peut être homo et que c'est pas incompatible avec l'état de père...et que le mogwaï vient compliquer tout ça.

dimanche 5 juin 2011

09 - Naitre

Même si 800 km nous séparent, le retour de Maki me transforme. Même si ce ne sont que des conversations au téléphone, les pièces de la maison s'emplissent à nouveau de sa présence. Et cela est d'autant plus agréable et doux que les nouvelles sont bonnes : son ex n'aura pas de complications, fibromes et polypes étant résorbés suite à l'opération et ne s'étant pas révélés très dangereux après analyses. Les cancers, du sein ou autre, ont ça de particulier qu'ils vous font « toucher du doigt » une putain de facette du parcours de la Vie.
09 - NaitreCurables ou pas, ils sont des drôles de miroirs. De même le Hiv. On hésite à s'y reconnaître. Pourtant, c'est bien soi. Un soi qu'on avait eu tendance, jusque là, à enfouir...pas que les autres l'accusent. Peut-être même, pour certains, cachés à soi-même. De honte. Ou par faiblesse. Ou par paresse.
Lorsque je descendais fumer ma cigarette, le soir, l'esplanade débouchait vers l'entrée de l'hôpital, au loin, là où se couchait le soleil. Et je regardais ces portails inhumains en me promettant de les franchir à nouveau avec cet autre moi-même qui était entrain de naitre dans la douleur. J'aurais juste aimé être moins seul, à l'époque, pour surmonter ce passage.

samedi 28 mai 2011

08 - wànsui ( 万岁 )


08 - wànsui  ( 万岁 )Changement de traitement depuis une semaine... C'est toujours la panique, au début. D'autant que ça m'est déjà arrivé de frôler la mort, en 2007, à la Noël. Ici, c'était d'autant plus chiant à gérer que mes cd4 baissaient, depuis décembre dernier, régulièrement et que Fa ne parvenait pas à trouver la raison de cette chute inexorable... De 750 copies à 350... Aïe !
Donc, la semaine dernière, Fa a décidé que je devais changer de traitement... La hantise : ça va prendre ou pas ? Quelles réactions secondaires ? Le lendemain matin de la première prise, bingo : diarrhées, vomissements... Mais bon... Il semble que c'est simplement une panique personnelle, pas une réaction médicamenteuse. D'ailleurs, cela ne s'est pas reproduit. Et même, je vais mieux. Je me sens mieux. Fa me joue des partitions merveilleuses mais comment pourraient-elles sonner juste si je ne cesse de voir la Vie que comme une longue descente aux Enfers ?
Wànsui veut dire "longue vie", en Chinois.

(Cette amusante photo n'est pas moi, juste un quidam oriental. Mais j'adore sa moue car elle correspond bien à mon humeur depuis quelques jours...)
08 - wànsui  ( 万岁 )

mercredi 25 mai 2011

07 - 25 juin 1984

25 juin 1984 : mon professeur de faculté de littérature comparée entre dans l'amphi. Comme d'habe, sa Gitane au bec. Pas comme d'habe, par contre, le pas est nettement moins alerte. Sous ses airs bourrus, mon maitre accuse le coup : le sien -- de maitre -- vient de mourir. Peu après, au détour d'un article, j'apprendrai que le génial Michel Foucault était atteint du Sida.

07 - 25 juin 1984

Quasiment 20 ans plus tard, c'est Fa, lors de notre première entrevue, qui me ressort cette anecdote : « Vous savez, Monsieur Chose, il ne faut pas vous arc-bouter sur votre séropositivité au prétexte que vous êtes professeur. Ce virus touche tout le monde, quelque soit sa situation sociale et son niveau intellectuel... Je connais plein de médecins qui en sont atteints, vous savez...et puis... Michel Foucault ! Vous avez su pour lui ? »
Oui, j'avais su pour lui et je me souviennais même que j'avais trouvé ça bizarre : être si profondément intelligent et se choper ce virus si bêtement ! C'était la réflexion que je m'étais faite, à l'époque. Aussi idiote fusse-t-elle, sans doute m'a-t-elle permis d'éviter pendant 15 ans une contamination qui m'eût, alors, été fatale.

samedi 30 avril 2011

06 - Fa

Je vais la désigner ainsi : Fa. D'abord parce que je ne me sens pas le droit de parler d'elle sans son autorisation. Ensuite, je trouve que ça lui va bien, tout bêtement. Essentiellement dû au fait que cette quatrième note de la gamme symbolise pour moi l'inimaginable. Douze notes, si on compte les dièses et une infinité, toujours renouvelée, de combinaisons, au fil du temps. C'est au moins aussi magique, miraculeux, que le langage.
06 - Fa
Fa m'a fait cette impression dès notre second rendez-vous (faut dire que le premier, j'ai pas vu grand-chose, sonné que j'étais d'être entrain de mourir à petits feux) : elle a eu l'exacte distance absolument nécessaire, essentielle, vitale même qui doit être « lancée » entre le médecin et son patient. Sans laquelle, il ne peut y avoir de tentatives de guérison. Elle m'a, bien entendu, automatiquement vouvoyé. Mais c'était un vouvoiement complice, un peu comme on peut ainsi l’entendre dans les couples vieux-jeu. J'ai rien compris de ce qu'elle m'a expliqué...ou plutôt, j'ai trouvé ses explications inutiles (dérisoires puisque j'allais mourir)...mais grâce au son de sa voix, elle a su tisser un lien entre moi qui sombrait, et elle qui était le quai.
Un an après, lors d'une consultation, elle m'a avoué, au détour d'un geste médical : « Vous allez bien, Monsieur Chose ? »
« Oui, ça peut aller... Grâce à vous, docteur, grâce à vous...je ne vous remercierai jamais assez... »
06 - Fa
« Mais je n'y suis pour rien... Et franchement, l'an dernier, on m'aurait dit que je vous aurais revu à la fin de l'été... Vous croyez en Dieu, Monsieur Chose ? Vous revenez de loin, vous savez. Vous avez failli mourir l'an dernier. Vous tardiez quinze jours de plus et vous auriez déclenché de manière irréversible le sida. » .

jeudi 28 avril 2011

05 - Anniversaire...

Et c'est un sacré luxe d'avoir l'âme d'un combattant lorsque, en même temps que de fêter ce quatrième anniversaire, je me dois – hélas – de « célébrer » également le bientôt dixième anniversaire de mon mogwaï...05 - Anniversaire...
C'est effectivement en juillet 2001 que j'ai bêtement su que j'hébergeais en moi ce petit
05 - Anniversaire...
mogwaï... J'étais entrain de développer la vilaine petite bête, depuis le temps qu'elle était là,

tapie : je maigrissais à vue d’œil depuis six mois, je ne mangeais quasiment plus, je soufflais au moindre effort, j'avais des vertiges plusieurs fois par jour... J'aurais pu savoir avant ça que j'étais atteint... J'ai pas voulu savoir... J'ai, objectivement, refusé de voir cette réalité-là. Aussi dingue que cela puisse paraître, je ne m'étais pas fait dépister une seule fois depuis 1997 ! Je ne me souviens plus de tous les détails de cette période chaotique. Juste que, au bout de mes forces, je me suis raccroché au regard perçant -- étrangement distant -- du petit bout de femme avec qui j'avais rendez-vous au centre de Tourcoing : on me l'avait présentée comme le bras droit du professeur Mouton. Ce jour-là, j'ai rencontré mon sauveur.