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vendredi 4 mars 2016

05 - Exquis prophètes

 
Dans un désert de sentiments, il est toujours de bons prophètes pour vous montrer les routes à suivre, vous guider...vous mener un brin de chemin, se pensant les mieux placés pour le baliser. Le plus compliqué, savoir faire la part des choses, est en fait un biais par lequel s'insinue la manipulation.
Au prétexte d'aider, sont proposées des solutions ubuesques. Rechercher en soi des réjouissances, s'affirmer comme seul coupable de son propre isolement. Faire sembler le monde propre, beau, encourageant pour mieux enfoncer la culpabilité. En gros, l'ésotérisme des propos seraient à l'origine des nuages qui obscurcissent mon quotidien.
Quand bien même fatigué de cette vie, je ne laisserai à personne le droit de s'y immiscer, à personne le pouvoir de la diriger. Si d'aucuns la trouvent idiote, absurde ou incohérente, peu me chaut. Aucun de mes amants n'est parvenu à la combler, seul maître de moi.

mardi 1 mars 2016

04 - Fuites

Prévisibles peut-être... en aucun cas attendues ! Autant de fuites en avant. Pitoyables. Chacun a bien son excuse : le travail, un emploi du temps trop chargé, une épouse collante. Chacun la voudrait juste. Toutes sonnent faux néanmoins.
Quatre mois de laides souffrances m'ont plus qu'enlaidi : désormais maquillé d'une couche de tain, devenu leur miroir, me voir les répugne. Rendez-vous sans cesse remis...une...deux...trois fois... Aucune toilette n'y pourra rien : le réflexe est trop ancestral. La défaite semble amère. Sonné, mon corps se cogne aux murs qui valent bien les cordes d'un ring imaginaire. Amère mais pas neuve, là encore d'autres plus anciennes lui font écho. Tant se sont enfuis déjà d'avoir eu connaissance du mogwaï* hébergé en moi. 

* Cliquez sur le mot pour afficher le post de référence.

vendredi 19 février 2016

04 - Farces

Emmuré dans un appartement pourtant familier, les places convenues se moquent de moi. Plus aucun mur, ni sol, ni plafond à leurs places. Dimensions éclatées, abolies, fantaisistes... Plus aucune gauche, ni haut, ni droite, ni bas. Les cadres pourtant si familiers (et donc rassurants puisque connus) se jouent de ma raison. Ni près, ni loin... Les distances galèjent. Même le temps joue à colin-maillard, la nuit souvent, enterré dans le noir trop profond de la chambre. Aucun repère ne m'ancre plus.
Dans ces vides écœurants, je flotte comme en apesanteur. Un regard cisèlerait ma silhouette. Une main sur ma peau me façonnerait une armure. Des mots suaves donneraient un sens à ce tourbillon absurde. 
 
Mais quoi ?
Rien.

samedi 6 février 2016

03 - Purgatoire

Un goût amer comme de la boue entre les dents. Après la dernière opération, censée mettre un terme à mon calvaire, une hospitalisation en urgence pour douleurs insupportables : un abcès a cru pouvoir trouver son bonheur dans la plaie ! La médecine y a mis bon ordre en quelques jours et me voilà rentré de nouveau chez moi. Des douleurs encore mais nettement plus acceptables et normales après de telles interventions ponctuent mes journées.
Beaucoup de repos, certes. Mais le physique exprime bien mal la solitude dans laquelle je suis plongé depuis début novembre. Ces blessures-là tardent aussi à se cicatriser. Elles ne sont pas les moins pénibles. Elles salissent mon image, boueuses, me roulent dans un fange immonde, souillent mon reflet aux miroirs.
Miettes... Il n'y aura guère que ça à tenter de récolter après toutes ces épreuves. Trouver encore quelques raisons de combattre, de s'accrocher à tout cela qui me constituait un univers, va encore compliquer et allonger ma convalescence. Être vraiment las de vivre n'est pas une posture d'intellectuel désœuvré.
Après ces trois mois et demi de traversée du désert, au creux d'une mare, on-ne-sait où, recroquevillé, honteux de solitude, je peine à me reconnaître. La Mort ne m'attend-elle pas au rivage qui me laisse ainsi croupir dans mes tristesses, purgatoire païen.
 

lundi 4 janvier 2016

02 - Choc : 13 novembre 2015 (partie5/5)



Peu après son opération, Monsieur-pas-tout-le-monde reçoit. Beaucoup et régulièrement. Toujours les mêmes messieurs aspergés de parfums trop musqués, le verbe haut. Leurs premières conversations me font comprendre que mon voisin de chambre donne des cours de religion dans une mosquée.

Chaque jour, donc, vers 14h00, une bande de six ou sept vieillards viennent palabrer dans sa moitié de chambre, autour du lit. Un bon quart d’heure, rarement plus. Au tout début, une sorte de suspicion s’immisce. On s’inquiète de la fumée et donc du feu…Et pourquoi toi, à ton âge, tu as ça, une maladie d’enfant ? Monsieur-pas-tout-le-monde tente de raisonner mais on sent bien qu’il n’ose pas pousser les choses trop loin. Du coup, les mots éclatent. Extraits :
Dieu t’a éprouvé… C’est Lui qui t’a fait subir cette épreuve ! Tu n’as pas de plaies ! Je l’ai échappé de justesse, heureusement qu’ils prennent bien en charge ici. Oui la médecine a fait de grands progrès mais c’est Allah qui décide de ton sort ! Sans Lui, pas de médecine ! Les docteurs sont bien et même mieux qu’avant, il y a eu du progrès, c’est vrai…mais si Dieu a dit...

Appositions récurrentes, Allahou akbar et Hamdoulah mitraillent leurs soi-disant conversations qui ne sont, en fait, qu’un vulgaire empilage de convictions sans idées. Puisque Dieu est Grand…à quoi bon penser ? Enfin seul, mon voisin ne gémit pas : il prie ! Quatre, cinq fois par jour, son Coran chuchoté derrière le rideau blanc. Dieu – ni le sien ni le mien – ne l’empêche de hurler sans pudeur sa douleur lorsqu’il a mal. Et il est sacrément douillet, Monsieur-pas-tout-le-monde : la moindre piqûre devient son cauchemar, comme la preuve athée que le monde n'a pas besoin de Lui. Quant à moi, j'émerge peu à peu de mes délires de morphine, les douleurs s'avérant supportables. Et dix jours durant, ce défilé affligeant de l'indigence religieuse a achevé de me convaincre (comme si, à l'aube de mes 56 ans, j'avais encore besoin de l'être) que l'obscurantisme est décidément bien un ennemi complexe. Pas rancunier, lors de ma sortie, je lui ai souhaité un prompt rétablissement. Mon demi-sourire se voulait ironique mais je ne suis pas certain qu'il l'ait interprété de cette façon.

Sorti de l’hôpital en milieu d’après-midi, le vendredi 13 novembre 2015, la soirée et la nuit m’ont rappelé que certains n’admettent toujours pas que ce monde fonctionne sans leur Dieu… Un demi-sourire y suffira-t-il ?