Affichage des articles dont le libellé est Printemps 2016. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Printemps 2016. Afficher tous les articles

mercredi 8 juin 2016

03 - Bâtard !



Yopé orne mon obscur quotidien. Tel un tatouage, ses mots bleus me gravent la peau, lui donnent un sens jusque là méconnu. Nos souffrances lointaines et profondes, converties en plaisirs adultes, sont devenues des confidences nécessaires.







"Bâtard" ponctue généreusement nos phrases. Son verbe aussi. Nos mots comme autant de positions impudiques... autant de contre-pieds à nos fonctions sociales. Nos blessantes humiliations, parfaits échos à nos vies désespérées. Ici, la magistrale fessée. Là, le flot chaud de l'urine. Là encore, les liens serrés au corps.


Et les insultes. Et les crachats. Rien ne suffira à étancher nos peines d'enfants oubliés.

mercredi 25 mai 2016

02 - Violent !

Contrairement à mes espérances et aux pronostics de mon chirurgien, une troisième opération s'avère nécessaire. Cette pesante fatalité s'est muée en violence nécessaire.
 
 
D'abord, hurler ! Bien-sûr hurler. Ma colère.  Fébrile, je le devine, tapi dans ces fourrés, se pensant à l'abri des regards. Nu sans doute. La sente boueuse multiplie ma fébrilité, augmente ma rage. C'est lui qui paiera. Coupable nécessaire à ma douleur.

Mon dégoût ensuite. L'après-midi s'achève, l'endroit devenu désert. Sa nudité inutile me donne la nausée. En lope assumée, il m'attend là, de dos. Mes pas s'écrasent lourdement vers lui. Bande-t-il à les entendre comme une menace prometteuse ?
 
 
 

Ma haine le métamorphose en une chose béante. Il geint, minaude -- lamentations surjouées -- être devenu ma pute. Dans quelques instants, il me suppliera d'arrêter les coups. Sa vulgarité me rend fou.
 
Enfin mon sperme lui ferme les paupières que d'un doigt il tente de décoller. Plus un mot ne s'entend. Ni mon à la prochaine ! ni son sans problème quand tu veux. Les oiseaux de la forêt peuvent reprendre leurs chamailleries.
 
[ Contrairement à mes espérances et aux pronostics de mon chirurgien, une troisième opération s'avère nécessaire. Cette pesante fatalité s'est rapidement transformée en violence.]

vendredi 1 avril 2016

01 - Aimés



L’homme que j’ai aimé fut un havre. Bateau ivre, toujours apeuré des autres, différent, effrayé de cette différence. Eux ne sont pas moi et aucun ne sera miroir. Dans ses yeux s’étendait mon royaume, infini. Aujourd’hui encore, ces limites invisibles me rassurent. Incommensurable, nul n'a su l’arpenter, ni lui donner une mesure, encore moins le limiter. Mon royaume n'est qu'à moi. A ses portes, le bleu des pupilles des yeux de mon père garde son secret. Moi seul en savait les clés.


Les hommes que j’ai aimés scintillent encore. Falots dans mes tempêtes. Utilités aléatoires puisque les relier les uns aux autres ne m'a jamais permis de tirer aucun itinéraire. Juste un parcours illogique. Ou alors sa logique m’échappe. Ou alors je suis tout à fait fou. Ou alors enfant dans les yeux de mon père. Au monde, quoi !




L’homme que j’aime [Eric, il s’appelle Eric, je l’aime, Eric] a tout de mon père. Son âge à ma naissance. Son regard dans lequel je chevauche des contrées inconnues à brides abattues, rassuré de la brutalité de mes jours. Sa voix, le grain de sa voix aussi, qui façonne au monde un rempart qu'aucun ne s'aventurera à franchir.