samedi 4 avril 2026

Nouveau Monde 4/? : Retour triomphant

    Une question ? Un constat ? Un regret ? Comme par une aiguille dans une veine, le ton de sa voix se distille dans mon âme. Tétanisé, stupéfait, presque pétrifié, je vois le monde s'écrouler autour de moi : comment oserais-je m'éloigner de Lui sans craindre de périr ?

    Un marin de Colomb se serait refusé à embarquer, angoissé d'un tel périple. Il me faut pourtant quitter ce déjà Ancien Monde car je devine que la suite me fera découvrir un Monde encore Nouveau.

    Un papier tendu dont il se saisit : "Tu me donneras de tes nouvelles ?" Et je pars. Ou plutôt je fuis car je n'attends pas sa réponse. J'ai trop peur de sa réponse. À la porte refermée, le vent du Nord de ce 01 janvier 2026 me fouette le corps. La voiture m'en isole mais ne devient pas plus un refuge : le trajet du retour devient vite un calvaire chargé de nuages orageux. Kilomètre après kilomètre, la tempête gonfle en moi et brouille ma vue par instants.


   

 

 

 Au kilomètre 30, tout se calme par un simple message de sa part. Il me souhaite une bonne route. L'avenir devient radieux par ces deux mots.


 

Nouveau Monde 3/? : Bonne année !

 

 

Une lueur dans la lucarne, du bruit, une vessie exigeante. Le corps est lourd à lever de cette paillasse, équilibré dans l'étroit escalier. Dans la pièce du bas, les slings se balancent vidés d'occupants désormais affalés dans les canapés, ronflant. 

Au sortir des toilettes, un homme s'offre à moi. Allongés sur le matelas, nos corps s'enlacent, se pénètrent. Un troisième s'invite. S'impose qui fait s'éloigner le second. La mise à mort commence.

 

Car c'est bien Lui, le matador, la veille effleuré, qui me conquiert. Le posséder me ravit. Lui aussi, il jouit. Déjà 06h00, la fatigue me pèse. La nuit a été courte, chaotique et ce dernier assaut dans l'arène m'a anéanti.

La route du retour est longue. Un fois mon sac fermé, un café dans la cuisine m'ouvre un peu les yeux. Comme je remonte chercher mon sac, le matador s'affaire à ses affaires, lui aussi s’apprête à repartir. 

Son dos ? Sa nuque ? Son odeur ? Son départ ? Notre joute récente ? À demi retourné vers moi une main sur la rampe prêt à le gravir, cette phrase banale au pied de cet escalier banal baigné d'une lumière blafarde. Banalité destructrice : "Ah tu repars ?"

vendredi 3 avril 2026

Nouveau Monde 2/? : Saint Sylvestre !


 Et voilà qu'une silhouette de matador, découpée dans l'encadrement d'une porte, m'attire. Comme un rivage inconnu mais salvateur. Le garçon discute poliment, un verre à la main.

    À me rapprocher de lui, sa voix me guide vers le Sud : un accent la rend mélodieusement andalouse. Ni taleguila ni muleta ni machos aux épaules. Son "traje de luces" : un simple slip, des chaussettes grises. On le sent "bien apretado". Peut-être s'est-il préparé seul au miroir pour revêtir ainsi sa jeunesse.


    Pour passer l'encadrement, le bout des doigts de ma main gauche effleure son coude. Comme il ondoie légèrement vers l'avant pour céder le passage à mon corps massif, mon regard de vigie se pose sur son épaule gauche... Quelques poils y sont clairsemés. Malgré les fumées et les sons, son odeur l'isole. Un parfum de Nouveau Monde, attirant et inquiétant.

    Du coin de l’œil observé, il est un refuge à mes craintes. Son odeur, sa voix, sa grâce me font une digue protectrice. De nouveau confiant en moi, la fatigue me gagne. À l'étage, un lit m'attend. Seul jusqu'à l'aurore.

Nouveau Monde 1/? : Chez moi enfin !

 

   

 

 La fête tient ses promesses : hommes, musique, lumières, slings, mains glissantes, canapés et matelas accueillants, alcool. Chems pour certains...perso, pas mon trip.

    

 

 Entre deux performances, repos dans la cuisine : un peu de champagne et beaucoup de bières. Rencontres amicales, à discuter de nos aventures, à faire connaissance avec des inconnus qui vite deviennent des potes. Rires, regards complices et salaces à la fois, ces hommes conquièrent ma sympathie.


 

    Jamais. Jamais ressentie cette étrange atmosphère d'être "chez moi" enfin...nimbé d'une sorte de bienveillance fraternelle, cerné par des semblables. Sans honte aucune. Sans explication inutile. Sans justification marmonnée en excuses.

    Avoir attendu si longtemps pour connaître ça ! Ce Nouveau Monde à peine atteint, la peur de le perdre s'installe : je plais malgré mon âge ? je conviens malgré mon refus des chems ? Dans les slings, mes mains guident les leurs au plus profond de mon plaisir mais mes regards plongent dans les leurs, interrogateur, craintif, anxieux d'y percevoir une désapprobation.


     

 

    Comme souvent dans ces pièges-là, question de survie, mon champ de vision se restreint aux strictes limites des corps immédiats : au delà, noyade certaine. Un équilibre souhaité parfait entre la ré-assurance de soi et la critique supposée des autres.

    Et voilà qu'une silhouette de matador, découpée dans l'encadrement d'une porte, m'attire. Comme un rivage inconnu mais salvateur. 

 



 

vendredi 27 mars 2026

Le pas sauté ! (partie 3/3)

 

 

 

Une trentaine d'hommes. Magnifiques mais  ils ne sont qu'eux-mêmes : marqués tous, tatoués certains, déguisés la plupart, drogués beaucoup. Un point commun -- peut-être cela les réunit -- d'avoir été lacérés par la vie menée.

Une vie de débauches dans laquelle le sexe est une obnubilation. Et je me jette à corps et raison perdus dans ces méandres de bras, de queues ; ces entrelacs de sueurs, d'odeurs.

 

 

Au détour d'un regard, une chevelure, un sourire, une silhouette...et un son perçu malgré la musique lancinante. Une main me travaille qui ne parvient pas à me détourner de cette étrange apparition : Lui.

 


 

 

La nuit se déroule de corps en corps, de mains en mains. Les violences sont consenties, approuvées, exigées. Satisfait, je m'endors à l'étage, fatigué et repu. Un autre que Lui viendra se donner son plaisir sur moi.

Au petit matin, repartir. Sans savoir que son prénom. Obtenu l'air de rien dans le flot d'une conversation. 



 



Le pas sauté ! (partie 2/3)

 

Accroché deux ans auparavant, jamais rencontré du fait de ces fatigues, j'acceptais enfin sa proposition de venir passer un samedi soir dans ce qu'il appelait une "fist party".

Jamais fréquenté une boite à cul ni un sauna ni un festival. La Gay Pride observée de loin à la télé...autant dire que je redoutais mon accord.

La maison était isolée en pleine campagne, personne ni même un chien. Marc (ainsi je le désigne) m'ouvre la porte pour me dire qu'il part chercher un participant à la gare. Me laisse seul dans la maison : "mon mari ne va pas tarder à revenir de son travail." J'ai dû avoir l'air inquiet, Marc ajouta : " il sait que tu es là, je viens de le prévenir. Vous ferez connaissance".

Au rez-de-chaussée, une grande pièce chauffée au feu de bois, deux grands canapés, trois slings. Pas de musique encore ni de jeux de lumières ni d'odeurs de mâles, de poppers. Je me cale dans un canapé, bombardé de questions dont la principale est : mais qu'est-ce que je suis venu foutre dans ce merdier ? Au bout de trois quarts d'heure de silence sans réponse nette, je me lève, empoigne mon sac...La porte s'ouvre, le mari entre.

Au bout de dix minutes d'une conversation fort aimable, intelligente, émaillée de souvenirs en commun de nos lieux d'enfance, je décidais de rester. Rassuré de n'être pas tombé dans un piège au beau milieu de nulle part.

Les invités sont arrivés au compte-goutte. Mais pas Lui encore... 

jeudi 26 mars 2026

Le pas sauté ! (partie 1/3)


Pourquoi ai-je osé franchir si tardivement cette frontière ? Double réponse.

 
 
 Depuis si longtemps que je n'ai écrit ici, tant de choses sont venues modifier mon paysage ; des morts regrettées, pénibles à supporter, à surmonter. Et toujours ce lent et difficile travail sur soi opéré pour se déferrer de ces chaînes pesantes de la perte ; des affections, signes de l'âge inéluctablement avancé : sciatiques, zona, hypertension... ; des circonstances lourdes à gérer : les confinements répétés dus au Covid, les espoirs et les déceptions engendrés par. Et les efforts surhumains que cela a entraîné : paraître solide, endosser ce rôle de référent au près de cette jeunesse déboussolée. Des travaux nécessaires dans ma maison et les fatigues extrêmes à charrier, pelleter, dégauchir, cimenter, peindre, etc.
La retraite enfin. Avant l'heure mais tellement attendue, tant pis pour leur décote de fonctionnaires. Vite fuir un système que les années ont fini par faire haïr. Un seul regret : ne plus côtoyer ce bain de jouvence mentale qu'étaient mes enfants -- mes élèves, en fait, tant aimés.