Affichage des articles dont le libellé est Eté 2013. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Eté 2013. Afficher tous les articles

mercredi 18 septembre 2013

09 - No man's land

p355











Je t’aime, je t’aime, je t’aime : ce murmure le laisse indifférent, je le sais. Aussi je le tais.

Ô mon amour, je ne veux que toi : me dessine un sourire poli.

Si tu veux, on peut se revoir ? Il repart, anonyme.

Mes oreilles vident les mots. Tous ces amants, occupés à mon corps, accentuent mon exil au monde. De l’un à l’autre, j’erre. Prémices déçus. Tous mentent. Seul, donc. Encore.

vendredi 13 septembre 2013

08 - Saint-Lunaire (partie 5/5) : écarts

lui


2013. Ha* a 19 ans cette année. Son premier job, à Saint-Lunaire donc. Premiers pas dans sa vie d’adulte. Du fond de mes 53 ans, y’a comme un doute. Attiré certes, mais le parallélisme avec Che-nen n’y suffit pas : trop simple. Les choses simples me dérangent.
1979. Mes 19 ans. Mon premier job d’été. Mes premiers pas dans ce qu’ils me vendent comme une vie d’adulte. Retour de Paris. Fierté paternelle : son fils est un homme ! Dernier de la meute, à 19 ans, mon père en avait 53.



p353













 
Des années écarlates. Révolté. Communiste. En colère contre tout, contre tous. Fougueux. Impétueux. Sanguinaire, tuer le père ! Che-Nen aussi ignorait comment venir à bout de cet écart-là. Insupportable amour pour un père insupporté (1). Ces écarlates années écartelées entre deux âges incertains. Ces écarts-là te saignent.


p352






En 2013, Ha à 19 ans, moi à 53… J’ai l’âge de mon père quand j’avais son âge ! Décalque. Mon père en moi, enfin ingurgité. Transfert. Ha, sur ce lit noyé dans la pénombre de cette chambre d’hôtel, lové dans mes bras, Ha, mon fils ? L’aimer comme mon père n’a jamais su m’aimer. Lui offrir cette chance, peut-être. Si je suis mon père, Ha est ma dépouille.

* Ne pas donner son vrai nom, bien-sûr. Ha pour Helyuheiko Animus (cf. ce lien)
(1) : Cliquez sur le lien à propos de ce conflit entre Che-Nen et son père.

vendredi 30 août 2013

07 - Saint-Lunaire (partie 4/5) : éclats

f 

Donc, le rendez-vous le matin de ce lundi-là aux alentours de l’église de Saint-Lunaire. Havre des époques troubles. Lui la neuve moi l’ancienne, énième quiproquo* angoissé par le premier regard. Tout en noir : ses baskets, son jean, sa chemise, ses yeux, sombres, ses cheveux et – je savais un peu déjà – quelques idées. Néanmoins, magie d’une jeunesse enviée, éblouissait-il.
 

l




Les remparts de Saint-Malo servirent de cadre à cette unique journée. De cette silhouette sombre jaillissait une gerbe sonore composée de plein de questions, de quelques certitudes, de beaucoup d’humour et d’une infinie tendresse. Parler fort rassure souvent : le timbre sonore de sa voix peinait à cacher ses inquiétudes.

La lumière l’inquiétait-elle ? Au crépuscule. Dans cet hôtel. Sur ce lit. Dans mes bras. Sa fatigue de la comédie du quotidien. Les regrets de son désert amoureux. Son contentement de notre amitié nouvelle. Sa voix enfin murmure. 
h
 

samedi 24 août 2013

06 - Saint-Lunaire (partie 3/5) : trois ricochets


sBrouhaha d’une foule furieuse, curieuse, avide de voir. Et lui, à contre-sens de la visite. Hors-normes. Etranger parmi les siens. Son corps nonchalant chaloupait avec négligence. Personne – que moi – ne remarquait ce soliloque. Inconnu de tous. Quidam* (je veux le nommer Yukio) noyé dans un tsunami humain – me voilà son phare – qui se dirige vers moi. Son regard m’accroche. Ma mémoire le hisse du mieux qu’elle le peut hors de ce monde agité, éphémère – au calme où je saurai le retrouver, à l’occasion.





f













Nu, sa fragilité me peine. L’ordinaire le blesse, je crois. Epuisé peut-être, d’avoir parcouru la planète pour déambuler ici, à mélanger en vain son présent au passé. Que fera-t-il ensuite ? Rentré à son hôtel, rasé, douché, reposé, rasséréné. Sur le balcon, un peu au dessus du monde qu’il toisera, une cigarette le posera. La vue sur Paris – sans importance – lui importera peu. Peut-être dans sa mémoire, mon regard a-t-il laissé une trace qu’il emmènera avec lui à Tokyo ? Un peu de moi, là-bas. Che-Nen manque. Sa trace dans ma mémoire n'y suffit plus. Saint-Lunaire ricoche à la surface de mon présent : lui. De lui, à Yukio. De Yukio à Che-Nen.
t






* : J'ai croisé "Yukio" dans la Galerie des Glaces du Château de Versailles en avril 2013.

mardi 20 août 2013

05 - Saint-Lunaire (partie 2/5) : miroir


nuque




Au début, un manque…comme une absence. Un vide en fait qui se meut peu à peu en une envie affamée, vorace, un urgent besoin de savoir : Che-Nen aurait-il laissé ici-bas une trace…comme un signe. Serait-il possible que ce cygne-là fut ce signe-là.

ombre








Ont-ils, lui et lui, le même regard abyssal, le même sourire un peu gêné, la même voix voilée par un peu de tabac ? Ont-ils, l’un comme l’autre, cette nuque sauvage, fragile, presque friable, comme tracée au gré d’une fêlure ? La même urgence de vivre ?
Serait-ce possible, à vingt-deux ans de là, de revoir Che-Nen – ou son reflet, juste un reflet, s’il vous plait – dans son regard…un de ses gestes peut-être ?

jeudi 15 août 2013

04 - Saint-Lunaire (partie 1/5) : peine-ombre


regarderEn quelques mots, la nuit a dérobé la chambre. Les rideaux mal fermés ont laissé entrer les lueurs de la rue. Et ses rumeurs aussi, des histoires de mouettes et de leurs territoires à défendre, vieilles querelles.

A peine entrés, il a ôté ses baskets. Ses chaussettes blanches redonnaient un peu d’espoir à cette nuit qui s’avançait, dangereuse, vorace, cannibale.
Epuisé, son corps sombre dans les draps blancs de la chambre d’hôtel. Sur le rebord du lit, je dispute à la nuit ce jeune homme au début de sa vie. Comme la pénombre gagne, une peine m’engloutit.

dimanche 21 juillet 2013

03 - Sic* (transit gloria mundi)*


p351





Comme il y a dix ans, Philippe passe. Conversation animée, intime, drôle, distrayante. Notre mogwaï nous rapproche aussi. Son mec ? Il l’a quitté depuis un an. Encore un point commun. Depuis, il me cherche dans la région. Voilà, me retrouvant, il m’aime.
Comme il y a dix ans, Philippe s’arrête. Un repas au champagne, une soirée chic et précieuse. Il dormira dans mon lit. Câlins, caresses. L’amour, toujours. Philippe se sait très bon amant.





them 

Comme il y a dix ans, Philippe repart. Au petit-déjeuner, il doit vite repartir : du travail l’attend. Comment ? Non, il ne reviendra pas avant quelques jours. Il est incapable de donner une date. En fait, comme il y a dix ans, Philippe ne reviendra pas. Sic.





* « Sic » est un adverbe que l’on place après un mot pour insister sur son étrangeté ou son incongruité.
* “Sic transit gloria mundi” : Ainsi passe la gloire de ce monde.
p350

samedi 20 juillet 2013

02 - Jeu de main

p348Angoissé, il me rassure. Un d’abord qui masse en petits mouvements circulaires. Puis deux qui entrent à peine, ressortent puis entrent à nouveau. Trois qui restent encore, plus avant, plus dedans, pour jouer encore. A l‘innocence, on se fait toujours avoir. Installer dans une habitude rassurante une nouvelle pointe de nouveauté. La curiosité fait le reste. 

liens 




Quatre, sérieux cette fois, dans toutes leurs longueurs qui inspectent et prennent place. Seul son regard plongeant dans le mien m’attache encore un peu au monde. Si peu. La vérité s’y lit à l’avance, inéluctable et acceptée. Le pouce enfin, jusqu’au trapèze, soumet. Puis lentement mais inéluctablement, les carpes, en semi-rotation. Soumis à une douleur étrangement consentie. Dans son regard cruel, un peu de tendresse m’accroche. Mes plaintes qui ne l’arrêteront pas, nous exciteront peut-être ?
Empli de là, le monde entier s’y précipite. Par une étrange alchimie, l’extérieur est devenu l’intérieur. Les valeurs ? Inversées : perdu, par cette dérive enfin arrimé, comme retenu à ce point. Désespéré à l’idée d’une fin. Son avant-bras nu, poilu, sans main et au bout, mon corps.
p349

dimanche 14 juillet 2013

01 - Dispersion


foule2Au-delà du raisonnable, la multiplication des rencontres a dessiné une sorte de champ de bataille d’une époque révolue tel qu’on en voit dans les films historiques : une brume matinale mêlée à la fumée des canons rend floue la vue de cadavres anonymes embourbés, mutilés, disloqués. Un chef de guerre pensif, courbé sur son cheval contemple cette plaine de désolation. Mon père, sans doute. Ou une figure tutélaire de cet ordre.
p345





Bien au-delà des douleurs éprouvées, mon corps s’entoure de quelques-uns seulement mais utiles : remparts protecteurs, ils éloignent les dangereux et leurs nocivités. La plupart possède une qualité ou une certitude ou une stabilité rassurante, qui me protège donc mais aussi apaise mes impulsions coléreuses. L'un, sa jeunesse. L'autre, son dos musculeux. Celui-ci encore, un sexe hors-normes. Cet autre enfin, un regard bienveillant. Des frères, sans doute.