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dimanche 16 octobre 2016

02 - Boomerang marocain (partie 2/2)

Farid est un être protéiforme. 
Mouillés, nos corps glissent un temps l'un contre l'autre. Comme à son habitude, la peau du ventre de Farid sur celle de mon dos. La chaleur assèche assez vite ce jeu. Nos corps humides puis moites -- secs enfin, achèvent de se redécouvrir. Du coup, un peu à la hâte, les gestes redeviennent sexuels.
Et puis quoi ? Il est bien revenu dans mon lit pour ça, non ? Cette violence dont nous avons fait une règle de jeu -- un temps abandonnée -- vite ne suffit plus. Les mots rejoignent les gestes. Trois semaines marocaines ont transformé mon amant en bête sauvage.
Partir... Revenir... Les mouvements à la surface de ce globe sont une des caractéristiques les plus ancestrales de l'Humanité. Farid, en digne héritier de ses ancêtres, n'a pas échappé à cette règle, certes...mais revenu, il déserte !
Farid est un être protéiforme. Il n'est que l'addition composée de tous ces hommes aux corps et visages multiples, jalons d'une vie. Farid existe et n'existe pas. Présent dans mes rêves comme dans ma réalité. Il n'appartient à aucune de ces dimensions.

mardi 30 août 2016

01 - Boomerang marocain (partie 1/2)





Des semaines sèches, mornes, vides, à attendre que les plaies se referment enfin. Un souffle chaud du désert envahit les pièces de l'appartement plongé dans le noir caniculaire, occultées par des volets baissés. Ainsi les journées s'égrennent-elles, arides, désertes, lentes -- cet été.
Farid m'avait prévenu de son séjour estival au Maroc. Y retrouver ses origines, une partie lointaine de sa famille. Et cette grand-mère qui l'a tant façonné. Son retour, par contre, restait vague : "Un mois. Pas plus." Ce soir, la sonnette de l'appartement a déchiré la lourdeur noire des pièces. Un peu du soleil couchant est venu éclaircir l'entrée : retour de Farid, trois semaines et demi d'une insupportable absence.
Il fume une de ces cigarettes au tabac blond dont l'âcreté se mêle au parfum de sa peau talée de soleil. Quelques mots dans l'obscurité redessinent les limites de nos corps. Seule la braise incandescente de sa cigarette grave par instants les traits de son visage. Les lourdeurs de mon corps profitent de la nuit naissante. Les sueurs estivales s'alourdissent du poids du doute : mes 56 ans plaisent-ils encore ? Trois opérations depuis quelques mois m'ont démoli le peu de certitudes déjà péniblement amassées. Comme la cigarette à moitié se consume, une douche s'impose.
L'eau tente en vain de me convaincre que la lumière de la salle de bain n'est pas une ennemie. Sa fraicheur essaie de raffermir mes chairs. Le corps nu de Farid soudain obscurcit la cabine. Son sourire me redonne espoir. Ses mains me lavent. Leur lenteur me rassure. Nos envies de l'autre accumulées depuis des semaines exacerbent nos sens.
C'est tout mouillés que nos corps contrastent sur le blanc des draps. Farid a eu raison de refuser la serviette.