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mercredi 24 février 2016

82 - Mémoire






                                             Trois ans.

vendredi 28 mars 2014

81 – Τάρταρος


Une farandole de jeunes colore de ses cris les terrasses du printemps précoce. Où que mon regard porte, les rues de la ville brillent. Une joie semble vouloir me soulever le cœur mais un voile à mes yeux obscurcit le décor. Là où ils sont heureux, Che-Nen connut aussi le bonheur. Alors le vent tiède écœure ma joie.  La ville – en un souvenir fugace – devient une insulte.



Depuis, je ne regarde plus les crépuscules. Ni les aubes. Leurs lueurs se confondent avec ma peine. Les mondes en déclin ne m’ennuient. Maubeuge, sous le printemps, expie mes fautes. Tel Sisyphe à Tartare – Τάρταρος en Grec – je roule mon rocher sans plus aucun espoir. A quoi bon ? Vers quel avenir qui serait différent de celui que j'attends, toutes ces sensations me mènent-elles ? Où que mon regard porte, Che-Nen apparait... Ici son collège... Plus loin, son lycée... Là-bas, le parc où il jouait, enfant... Jusqu'à son père que je croise souvent au pied de sa résidence... Enfin, là son cimetière..



Comment sortir de cet Enfer ? Quel seuil de plomb dois-je franchir à rebours pour espérer un autre quotidien, libre, délivré de ce poids des souvenirs ? Enfin pouvoir jouer libre dans les rivières ocres de l'enfance sans plus de soucis...

mardi 18 mars 2014

80 - Quidam





Après, il s’enlaidit, toujours. Inconnu, mes mains et mes ondulations ont tenté – à titre purement provisoire, toujours – d’en espérer des contours connus. Toujours décevante, cette démarche : le quidam désespère ma mémoire. Dès son plaisir abouti, il devient laid, donc.




En cette fin d’après-midi, autre chose a poussé ce quidam dans mon lit. Peut-être l’absence lancinante de Farid, mais pas seulement. Cette douceur printanière sans doute… La même que…
Mars 1990. Che-Nen, le premier, m’aime. Il en pleure. Là, sous mes yeux, s’écoule une tendresse jusque-là inconnue. Une même douceur précoce du printemps nimbe alors chaque instant éprouvé, les momifie patiemment un à un. Inutile archéologie que de tendre mon visage au soleil : Che-Nen est bien mort. Putain de soleil qui m’empêche d’y croire.

lundi 24 février 2014

79 - Rémanences



Là, le père, devant moi. Petit bonhomme sans âge, ridé de cette beauté que n’aura jamais Che-Nen. Son regard, exercé à soupeser les Hommes, évalue les poissons d’un étal qu’il compte acheter. Peut-être fêtera-t-il dans deux jours ce triste anniversaire ? Il sourit mais à personne. Peut-être à ses souvenirs. Peut-être à son fils parti là-bas, si loin. Là-bas qui l’a vu mourir. A moi aussi Che-Nen manque.



Nos yeux se voilent de souvenirs. Des cris de l’enfant aux plaintes de l’adolescent. Nos Che-Nen différent mais pas notre Amour. Voilés, nous portons le deuil, alourdis mais dignes. Nos regards vides glissent à la surface de cette Terre navrée. Peut-être cet amour qui me leste encore au souvenir de son fils, m’allègerait-il si nos regards se croisaient ? Tentation du dernier regard à ceux-là qui ont eu de l’importance.
Les quotidiens se remplissent des entretiens habituels des mécaniques humaines. A une année du décès de Che-Nen, les choses vont, viennent, passent puis s’éloignent. Sans guère plus d’importance, la Vie s’écoule dans une relative indifférence. 



Ce lundi 24 février 2014 marquera une première année de cette Terre sans Che-Nen.

vendredi 29 novembre 2013

78 - Refuge




Seul, le geste compte – ni sa cause ni son effet. Au creux de l’instant, ainsi abrité des mouvements du temps, je peux respirer – vivre ? Ainsi, d’un pas léger et sûr, je peux rejoindre mon amant. A 500 mètres, sa maison. A son collège, tourner à droite. En sortant de la voiture, le soleil froid de cette fin d’après-midi noie le cimetière où il repose d’un rouge sanguin. Ce quartier était celui de Che-Nen. Etrangement, il m’a fallu quelques mois pour comprendre cette singulière géographie.





Le moment précis – donc, seul moyen d’y échapper – m’offre le refuge idéal. Lui seul possède ce pouvoir d’éloigner d’insupportables images : un Che-Nen juvénile, son cadavre comme seul corps, décharné, décomposé de quelques mois à peine. Ou encore, ce Che-Nen adolescent aux rêves les plus fous, empâté, englué dans une vie bourgeoise d’expatrié.
Peut-être même que mon amant lui-même est devenu mon refuge. Que son désir en moi douloureux chasse la douleur de cet écartèlement du temps. Et se dire avec entrain – faute d’en être tout à fait convaincu – que la Vie, logique, se doit toujours de l’emporter sur la Mort. Au creux de l’instant, un doute persiste néanmoins.

samedi 5 octobre 2013

77 - Ezio (partie 2/2) : Synchro

Ezio. Ainsi Ha* me surnomme-t-il parce que j’y joue depuis cet été. Ezio Auditore. Comme lui, du haut d’une tour de Moyen-Âge, je synchronise le monde en appuyant sur ce triangle vert. Rien ne m’échappe de ce qui se produit. Ni ne m’étonnera plus. Témoin solitaire du bonheur de mes frères. Ha* a trouvé cela « trop beau !».


Contemplé, imaginé, Ha* fait écho à Che-Nen, certes. En des gestes doux, tendres assurément, une savante construction prend forme avec son premier amant. Au-delà de l’émotion de la « première fois », plus rien n’existe vraiment. Ne pas y être exclut le reste de l’Humanité. Et moi.







Exilé donc* – en spectateur vigilant, comment m’y prendre pour éviter à l’un les erreurs de l’autre ?  A l’écart toujours mais cet écart me sauve : à eux étranger, une protection nécessaire contre cette nostalgie qu’ils m’engendrent. Mes tristesses ne peuvent pas – ne doivent pas – avoir l’importance de son bonheur. Cela ne serait pas dans l’ordre des choses.

* : Cliquer sur les liens.

mercredi 2 octobre 2013

76 - Ezio (partie 1/2) : Echo





Tel le rebond du soleil sur cet éclat de verre, un écho – de loin venu et subitement revécu – vibre la surface de mon présent. Encore étourdie, ma mémoire peine. Les mêmes mots…








Octobre 1991. Comme par jeu, Che-Nenprend soin de n’oublier aucun détail * : ses dix-sept ans n’ont pas résisté à l’espoir d’un amour sans fin. De même, Ha, cet après-midi, me confie-t-il sa propre rencontre. Au même âge, les voici amoureux de cette première fois tant espérée. Vingt-deux ans me les séparent pourtant.
A l’un et l’autre, j’ai dit les mêmes mots d’espoir : de ne pas s’impatienter de cet amour, d’y croire. Disant cela, sans doute aussi, le même regret – du père pour ses fils – de les voir s’éloigner. Voilà que de nouveau, je prends peur à l’évocation du visage défait de Che-Nen à l’écroulement de son rêve. M’en a-t-il tant voulu pour m’exiler ainsi de sa mémoire !










Vingt-deux ans après – comme en écho – sourd la même vague d’effroi : aurais-je cette impuissance à protéger Ha des affres de l’amour lorsqu’il s’enfuit ? 


* :cliquez sur le lien.