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vendredi 10 mars 2017
dimanche 17 janvier 2016
mardi 1 septembre 2015
12 - Lettre n°9
(1) A cette période, la maison, acquise en 1995, nécessitait depuis des travaux réguliers que nous ne pouvions effectuer que l'été.
(2) En fait, après bien des années de déficit chronique du budget familial, je me suis aperçu qu'il était organisé afin d'éviter chez moi toute velléité d'envol.
(3) Un collègue dont j'étais vaguement amoureux de la plastique et qui venait d'obtenir sa mutation.
Lettre n°9
de B......., le mercredi 30 juin 1999, 07h30.
Papa,
Je sais
bien qu'il est tôt mais les nuits sont difficiles en ce moment. Les réveils
n'ont rien de légers.
Voilà, ce sont les vacances. Les
secondes que nous ne passerons pas ensemble. Ce sont les vacances et comme
d'habitude depuis dix ans, je suis coincé là. A cause de travaux pour la maison
(1) . Mais je ne m'inquiète pas : l'année prochaine, ce ne sera plus
les travaux mais l'argent qui m'empêchera. L'argent, tu sais, c'est elle qui le
tient. Elle le gère très mal d'ailleurs... On en est bientôt à presque 10 000
de découvert mensuel (2).
Abdel, au moins, lui, est parti (3).
Vrai que tous partent et je souffre toujours beaucoup de ces départs. Cela me
rappelle les tiens, je pense.
Un jour je partirais aussi. Quand
ce sera devenu trop douloureux. J'irai enfin te chercher. Cela m'apaisera
d'avoir un but. Un peu comme Rahan quand j'étais petit : à rechercher ses
parents vers cet endroit, là-bas, à l'horizon et toujours au-delà, où se couche
le soleil.
Cet été par exemple, après une
année de labeur, j'aimerais enfin me libérer et plonger et me dorer au soleil,
nu, sans pudeur, naturellement. Mais quoi ? La journée est tracée : le matin,
rien ; le midi, on mange ; on part à la plage vers 15h30 ; jusque 18h00 ; on revient,
on prépare à manger, on mange ; puis télévision. Quoi d'autre ? Oh...et
bien...rien ! Rien parce que l'an dernier c'était ma mère qui arrivait à
l'improviste. Cette année, je pense que ce sera la promiscuité avec les
enfants.
Je te l'avais dit déjà, depuis
notre fils, elle a baissé le rideau tout en me faisant croire que c'était ma
faute. Pour ça, elle a du talent, c'est sûr.
à bientôt,
jeudi 30 avril 2015
11 - Lettre n° 8
(1) Les hasards... 2H est entré dans ma vie à l'internat en Sixième dès 1971. Il était alors en Cinquième et un sale petit con. Quelques redoublements plus tard, nous sommes devenus amis en Seconde, toujours à l'internat en 1976. Bien plus tard, en 1995, pour y loger ma famille, j'ai acquis le presbytère du village de son enfance. En 1999, son père y vivait encore et le fils venait rendre visite à son père régulièrement de Strasbourg (où il vit habite). Pour en savoir plus sur ma relation à 2H, quelques posts de ce blog dont celui-ci : http://guy-zulma.blogspot.fr/2011/12/24-premiere-fois-partie-23-purgatoire.html
(2) Jym, tout comme 2H, a énormément compté dans ma vie mais plus tardivement, la vingtaine venue. Et de la même façon (mais était-ce ma faute ?), il l'a quittée, ma vie, sur la pointe des pieds. Lui comme 2H sont toujours des "amis" mais plus virtuels que réels si peu nous nous voyons. Sur Jym, ce post à relire : http://guy-zulma.blogspot.fr/2013/01/42-la-butte-des-pierres.html
Lettre n°8
de B......., le mardi 25 mai 1999, 09h05.
Papa,
2H(1) est venu hier matin, sans crier gare, en vitesse, dire son petit bonjour comme un chien, négligemment, lèverait la patte...marquer son territoire.
Pour causer d'autre chose : ce qui vient de me frapper, là, sur ta photo de mariage... Tu occupes la droite de ma mère. Ben oui, puisque tu es à la gauche sur la photo. Tu es à sa droite. Et j'ai horreur des gens qui se tiennent à ma droite. Je veux dire : à chaque fois que je regarde ce cliché unique, je m'attends naturellement à ce que tu y sois à droite. Cette gauche me chiffonne.
Je crois que personne ne m'aime, et surtout pas elle. C'est terrible. Mais je suis blindé. Ce qui m'intéresse c'est d'imaginer comment tout cela va se finir.
J'aimerais tant n'avoir rien eu à connaitre de tout cela.
Bien-sûr 2H ne ré-écrira pas. En attendant qu'il revienne pisser sur mon mur. Ni Jym(2). Ni personne d'autre. Depuis ton départ, le monde est vide. Vide de tout, de tous, de toi et de moi. De sens surtout.
Ton fils.
mardi 28 avril 2015
10 - Lettre n°7
(1) Bien plus tard, lorsque mon fils aura à gérer son divorce involontaire, au plus profond de nos conversations, je pense être parvenu à lui faire comprendre qu'exister pour soi est un principe de vie essentiel.
Lettre n°7
de B......., le 22 mai 1999.
Papa,
Durant mon enfance, je n'ai rien dit : je ne savais pas.
Après, je t'ai certes reproché beaucoup de choses mais tu savais -- et je sais aussi maintenant -- que ces choses-là relevaient plus du "j'existe" que de la réalité.
Aujourd'hui, un seul reproche persiste, deux ans après que tu sois parti : tu as oublié de me dire à quoi ça peut bien servir d'être là, de rester là, à la surface de cette Terre.
Je vieillis moi aussi. Et à 39 ans, je me sens inutile. Je veux dire : je ne sais pas à quoi je peux bien servir. Aux autres, je ne doute pas avoir une utilité. Le problème viendrait plutôt à moi-même.
Je ne sais pas à quoi je sers à moi-même. Je me sens vide. Vide de sens, d'émotions, d'impressions. Je suis heureux parce que quelque chose de l'extérieur à moi-même me rend heureux. Idem pour les autres sentiments, contraires ou connexes à la joie. Mais je n'existe pas à moi-même, pas en moi-même : je n'existe que grâce aux autres. Dépendre des autres est extrêmement pénible.
Et là est mon reproche : tu ne m'as jamais appris comment je devais faire pour être pleinement empli de la certitude d'être pour soi quelqu'un. D'en être empli au point d'en oublier le fait même de l'être. L'angoisse qui m'étouffe, comment y échapper ? Je me dis alors qu'avec ton petit-fils, qui aura 11 ans cette année, je ne commettrai pas le même oubli (1).
A très bientôt, ton fils.
dimanche 1 mars 2015
09 - Lettre n°6
(1) En cette année 1999, les
rapports familiaux – jusque là fort lâches – ce sont littéralement déchirés. Cette
sixième lettre, ironique, appelle évidemment au secours.
(2) Intellectuellement, le suicide me semble être une absurdité. Ceci dit, en
éprouver la nécessité impérieuse et difficilement contrôlable, cela m’est
arrivé deux fois dans ma vie. Et pour la seconde fois, ici, en avril-mai 1999.
(3) Cette harmonie-là fait référence à cette courte
période de mars-août 1986, tout au début de notre relation.
Lettre n°6
de B……., le 13
mai 1999.
Mon bien cher père,
Quelques mots pour vous
dire combien tout ici est merveilleux(1). C’est tant le Paradis que je crois que j’aurais un mal fou à vous rejoindre(2). Il me faudra donc
reculer mob départ de quelques années. Mais qui à ma place n’en ferait autant ?
Jugez-en plutôt :
J’ai un mal de reins
incroyable tant mon épouse, au lit conjugal, est d’une exigence démentielle. D’ailleurs,
il va falloir que je pense à changer le sommier : il semblerait qu’un
ressort ait rendu l’âme…il craque ! Et je ne vous parle ici, à demi-mots s’entend,
que de la nuit. Le jour ? C’est l’évier, la table de la cuisine, l’escalier,
le canapé, la douche…Enfin, tout le tralala habituel des couples en parfaite
harmonie(3) .
L’ambiance, quoi !
A bientôt, votre fils.
mercredi 25 février 2015
08 - Lettre n°5
(1) Mon épouse avait cet extraordinaire réflexe de toujours répondre par un "non". Quitte, si la réponse devait être logiquement positive, à poursuivre par un "mais" ou un "ceci dit" alambiqué... Et si la logique ne passait pas, elle n'hésitait jamais à affirmer à son interlocuteur la mauvaise formulation de son propos.
Lettre n°5
de B......., le 09 avril 1999.
Papa,
Le printemps semble revenu : les bourgeons éclatent. Mais comprenne qui pourra : rien ne va. voici un meuble bas, dans le vestibule d'entrée. Propre, repeint de frais, mignon. Poser ses affaires dessus ? Que nenni ! "Affaires", beaucoup dire ! Quoi au juste ? Un porte-monnaie, un mouchoir, ce qui encombre les poches lorsque tu sors... Mais non ! Il est juste là pour des mouchoirs dans ses tiroirs. C'est écœurant comme le beau devient, tout à coup, encombrant, gênant, laid.
Une journée seul, hier. Les autres étaient allés s'amuser à la Mer de sable. Tu connais pour m'y avoir emmené, gamin. Ils reviennent vers 19h30. Content de leur retour, j'aimable à qui mieux-mieux, je dis sincèrement que j'aime. Question : "Tu n'as rien fait aujourd'hui ?" "C'est incroyable, il reste tant de choses à faire et j'ai l'impression d'être la seule à en avoir conscience ! " C'est écœurant comme l'amour devient, tout à coup, encombrant, gênant, haineux.
Ce matin, elle part travailler sans dire au revoir, sans un seul bisou. La raison ? Une dispute ! Pourquoi ? Voici l'affaire : ton petit-fils, hier, a acheté un pistolet à eau... La conversation finit par rouler sur les carabines à plomb. Évocation d'un souvenir personnel : "Lorsque j'étais plus jeune, nous en avions une..." Réponse-missile (1) : "Ah bon ? Mais non ! Je ne te crois pas ! Tu dois confondre ! C'est étonnant !" Rétorque : "Mais puisque je te le dis !" Il parait que sa "remarque" était gentille. Je n'y ai vu que dénégation...
Et supporter tout cela alors que le printemps semble revenu et que les bourgeons éclosent... A te faire regretter l'hiver et ses bourrasques neigeuses.
Bisous à toi.
jeudi 19 février 2015
07 - Lettre n°4
(1) Pendant une demi-année scolaire, sans vraiment pouvoir maitriser, je passais le plus clair de mon temps à parler de moi à mes élèves, à les prendre comme témoin.
(2) Mon ex-épouse n'a jamais pu admettre qu'elle pouvait avoir tort. Cette intransigeance provoquait parfois des situations absurdes en l'obligeant parfois à nier les évidences.
Lettre n°4
de B......., le 24 mars 1999.
Mon cher père,
Je me permets de t'écrire de nouveau sans attendre ta réponse (toi et moi savons parfaitement combien cette phrase est un artifice, une sorte de luxe rhétorique) tant je suis profondément perturbé depuis quelques temps.
Je le suis sans doute à cause de mes élèves... Je ne sais pas pourquoi mais, depuis ton départ, j'ai lentement glissé -- face à eux -- vers une posture dangereuse : celle qui consiste à n'être que grâce à eux (1). Grâce au soutien du docteur I**** (dont je te causerai un jour), j'étais peu à peu parvenu à éviter ce piège, ce leurre. Mais là... Boum ! "Boumbada...boum", Lilou multi-pass et compagnie... depuis ton départ, oui.
Sans doute devais-je de nouveau trouver un renvoi de mon image satisfaisant. Et bien-sûr, ce qui devait arriver arriva : ce genre de jeu est, très, dangereux.
Néanmoins suis-je entrain de m'en sortir peu à peu. La pente est longue à remonter, savonneuse aussi. Et quoi ? Voilà que ma propre épouse se met aussi à gratter le morceau de savon. Oh ! ce ne sont que quelques copeaux mais c'est bien suffisant pour me faire de nouveau glisser... Sans le faire exprès, insidieusement, me voilà responsable de choses négatives... Responsable d'une pompe qui merde, d'un raisonnement fallacieux, de l'absence de relations amoureuses physiques, de son mal d'estomac, d'une ambiance corrosive à la maison.
Trois fois depuis une semaine, l'envie m'a pris de partir, de tout plaquer là, de ne plus avoir la force de faire les efforts nécessaires pour que les autres se sentent bien.
Et trois fois, je ne l'ai pas fait... M'enfonçant davantage dans l'idée nauséabonde que de responsable j'en devenais coupable.
J'ai essayé chaque fois de m'expliquer. Chaque fois j'ai tenté de lui démontrer combien son refus systématique d'avoir tort (2) me pesait puisque cela m'obligeait à en prendre la charge. Charge trop lourde pour mes petites épaules. Tu sais, toi, combien je suis fragile, cassant, cassé, fêlé. Que ces fêlures-là peuvent aussi bien être un formidable moteur tout aussi bien qu'une saloperie de machine à tuer.
Ces temps-ci sont, très, difficiles à vivre.
A bientôt,
mercredi 18 février 2015
06 - Lettre n°3
Lettre n°3
de B......., le 16 mars 1999, 11h50.
Papa,
S'il reste une place, à côté ou pas loin de toi, surtout garde-la moi. Ici, tout fout le camp ; la preuve ? Rien ne bouge !
Ma mère semble s'enfoncer de plus en plus dans une sorte de folie quotidienne ordinaire... C'est exagéré de dire cela mais aussi très vrai. Hélas.
Que faut-il donc faire pour coller parfaitement à la réalité ? Être en totale adéquation avec ce qui est, ce qu'on est, ce qui se passe et ce à quoi l'on tient ? C'est un peu ça que j'aurais tendance à te reprocher de ne pas m'avoir appris.
Mais peut-être n'est-ce pas à toi de me l'apprendre ? Peut-être n'est-ce pas là le rôle du père ? Je crois que si quand même parce que je pense que je tends à faire cela avec on propre fils.
Réponds-moi vite.
lundi 16 février 2015
05 - Lettre n°2
(1) Je vous écris du plus lointain de mes rêves était à l'époque le titre d'une émission de France Inter animée par Claude Villers.
(2) Nous avions racheté un très-très vieux presbytère en 1994. Impossible à retaper sans l'aide précieuse de mon père. Sa dernière activité, deux jours avant son décès, a été d'y poncer une grille.
(2) C'est le jour où je le vis pour la dernière fois vivant. Le lendemain soir, il fut hospitalisé puis transféré dans la nuit vers un Centre Hospitalier Régional où il décéda le mercredi. Je me suis refusé à le "visiter" sur son lit de mort.
Lettre n°2
de B......., le 28 février 1999, 09h00.
Papa,
Voilà une
semaine je crois que ma première lettre est partie. Sans doute, dans ces
sauvages contrées, n'y-a-t-il point de poste ? Qu'importe ! Je m'en arrangerai
bien, certain que tu me lis.
Cette première
finie, j'en regrettais déjà l'en-tête. J'aurais aimé un truc ampoulé et distant
du genre :
"Très
cher Père,
Je
vous écris des plus lointains de mes rêves..."
J'aime cette
phrase, un bel incipit, déjà entendu ça et là (1). Rien de nouveau,
en somme.
Aujourd'hui, le
temps est aussi ensoleillé et frais que lorsque vous veniez nous aider à la
reconstruction de cette maison(2), toi et ma mère. Et, en plus, nous
sommes dimanche(3) !
Ecrire ce matin
m'ennuie.
à bientôt.
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