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lundi 16 février 2015

61 – Oublis

Coups de téléphone de Monex. Insistant, cajolant. Il a besoin… d’argent, de conseils, de tendresses, de caresses… Chez lui, tout se mélange. Il me rappelle nos frasques du temps d'une splendeur si lointaine… Des positions improbables...des mots excitants... Me dit n’avoir rien oublié de tout ça… Ça lui manque… Il a envie de moi à nouveau…
Ma mémoire me fait défaut. M’invente-t-il des souvenirs pour m’attendrir ? Le connaissant, pourquoi pas ? Il me demande de l’argent et mon sexe s’enduit de miel dont il se régale. Le temps glisse sur moi, une douche, et cette eau sale-là s’évacue dans des égouts nauséabonds.

samedi 1 février 2014

60 - Un pont

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Au réveil, les corps identifiés enfin, s'étirent. Câlins. Maki, couché sur le ventre, joue des muscles noirs de son corps. Ma joue posée sur une omoplate, s’amuse des mouvements. La peau, douce, lisse et noire, magnifique, m’hypnotise. Mon crâne résonne de sa voix. Bercé, mes yeux se ferment, à ses sons graves. Comme je n’entends pas ce qu’il m’explique, je soulève ma tête.





p376 








Au mur, le regard de Che-Nen, un peu navré, nous surprend. La voix – maintenant plus claire de Maki – ne peut dissiper le reproche de la photographie. Ce regard juvénile, du printemps 91, plonge sur ces corps, à peine éveillés, de cet hiver 2014.  Mes 53 ans se noient dans le souvenir de mon corps de 30 ans malgré le pont jeté entre ce monde-là et aujourd’hui. Une angoisse pointe qui me fait frissonner, inquiète Maki qui cesse de parler. Le silence imposé de Che-Nen envahit le jour qui commence.
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mercredi 29 janvier 2014

59 - Crépuscules

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Une colonne de soleil déchire un nuage. Un vieux souvenir de Che-Nen fend mon sommeil. Le matin se colore du chant froid d’oiseaux. Les après-midis s’allongent – chaque jour un peu plus – d’une glaciale clarté orangée. Ainsi s’alanguit l’hiver, paresseux. Qui nous surprend à rêver de plages adoucies de soleil.






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Maki, soudain amoureux fou, revient. Inattendu. Sincère, dirait-on. Selon qu’ils soient du matin ou du soir, ces instants diffus – en janvier particulièrement – possèdent ce don de réveiller en moi des espoirs. Celui d’un printemps enfin. Cet autre où Che-Nen vivrait encore. Ou celui-là d’un Amour enfin vrai.

dimanche 22 décembre 2013

58 - Et re...

p363Comme à son habitude, il s'est invité. Hébété de cette comédie humaine, je suis resté muet. Qui ne dit mot, consent. Donc je.
Une vieille habitude ? Un simple réflexe ? Des bribes de souvenirs inconscientes ? L'heure approche, ma queue gonfle. Par instants, de ses odeurs détournent mes narines. Des textures de sa peau avivent ma langue, je salive.
A l'heure convenue, le train immobilisé décharge ses passagers. Mon corps en alerte résiste à cette houle humaine. Enfin, Maki met pied à terre, là-bas. Nos regards se cherchent, se trouvent, s'accrochent et se suffisent. Mon sexe raide déforme ma braguette, explose les conventions, bat quelque hésitation, anéantit mes dernières réticences.
Maki revient. Pour seulement huit jours ? Peu importe, il est là ! Et moi à son côté, fier.

jeudi 18 juillet 2013

57 - Outil

p347 




Les heures et les jours passent à une lenteur désarmante. Maki, de temps à autre, m’interpelle. Des petits riens, la plupart du temps. Les seules attentions auxquelles j’ai droit, intéressées forcément. Jamais lorsque j’en éprouve le besoin. Toujours lui qui dicte le peu de temps en commun. N’être qu’un instrument de son quotidien me renvoie à l’état d’objet. Mon corps entier est devenu un objet pour lui. Pour les autres aussi. Mon corps modelé par leurs ordres, sculpté par leurs caprices les plus fous. Impossible de faire comprendre à Maki que cet esclavage lui est dû.

dimanche 26 mai 2013

56 - Tout collé

p340

Tout collé... Ce sont les mots de Maki. Dix jours se sont écoulés depuis mon départ. Si partir était une nécessité, ce fut violent. Bref. Mais pas méchant. Aussi, est-ce Maki, le premier, qui tira sur le fil d'Ariane. Il m'a dit regretter d'avoir commis cette faute. J'ai répondu. Au début, par politesse. Ensuite, par amitié. Je ne vois pas cet amour dont tu causes. Sans doute mes yeux sont-ils encore trop humides ?








aveugle






Sa réponse, donc : Mon amour est là. C'est toi qui est aveugle. Il est tout contre toi...tout collé. Pour ça tu le vois pas. Qui croire ? Partagé entre le confort sentimental perdu et la trahison éprouvée.

samedi 18 mai 2013

55 - Vendredi 19 avril 2013 (partie 5/5) : exclusion

camus






23h00. Usé, Maki me rend la clé. Au dernier bagage descendu, il tente encore de me retenir... Mais non. Les plaies – à peine cautérisées par les mots – bâillent encore et, douloureuses, obligent à l'exil.









hasard






Après le dernier mot entendu, le silence angoissant de cette pomme incertaine dont on suit la trajectoire sans espoir de la maitriser. Le public se tait, médusé par tant d'audaces. Une fois la porte refermée, seules demeurent les étoiles. Elles guident mais secrètement on espère qu'elles soient partagées. Qu'il reste entre ces deux pôles repoussés une communauté que peut-être le temps pacifiera.

mercredi 15 mai 2013

54 - Vendredi 19 avril 2013 (partie 4/5) : confrontation

p339 

Les mots fusent, meurtriers. Maki – que par bribes ne lâche ses réponses – a peur. Il ne concède que mes affirmations -- au compte-gouttes délivrées -- nie le reste. Nos visages s'affrontent, yeux dans les yeux. Tel le loup traqué, il fait face au danger en provoquant le danger. Ivre de rage, mes yeux se vrillent dans ses yeux. Nos fronts se touchent, durs, volontaires, entêtés. Son souffle me griffe la joue droite : il s'est presque collé à mon corps de tout son corps pour endiguer ma colère. Pas d'insultes (plus tard, un ami* me dira que c'était là un signe d'amour). Néanmoins, les mots tuent. Et un long silence, peu à peu, m'exile de cet appartement. Déjà, je veux fuir loin d'ici. Loin de lui. Trahi.


* cliquer pour lire le commentaire d'André.

jeudi 9 mai 2013

53 - Vendredi 19 avril 2013 (partie 3/5) : confusion


p338Un bref courant d'air balaie l'appartement, la porte d'entrée claque. Maki vient de rentrer du médecin, de la pharmacie. 19H00 à l'horloge. Il me croit à la cuisine : depuis deux bonnes heures, pétrifié sur le canapé face à la télé – hypnotiseuse à laquelle je ne comprends rien – je n'ose bouger. Le moindre mouvement va me briser en mille morceaux, sûr ! Peut-être ce courant d'air suffira ? D'abord, les jambes molles. Puis ma tête qui s'est vidée. Et qui s'est emplie d'une histoire. Abracadabrante, ignoble, insoutenable. Brodée avec les mots des sms capturés. Une seule phrase me tapisse la tête – comment ose-t-il ? – : « il l'aime ». Comment a-t-il pu ? Et moi ? Qu'est-ce que je fais là ? Où donc est ma place dans son monde ? Le balcon m'a tenté, un temps – du quatrième, simple ! – mais non. Je ne me trimballe pas mon mogwaï depuis si longtemps pour céder aux chants des sirènes. Ithaque n'est peut-être pas loin, après tout ? Comme je ne suis pas dans la cuisine, Maki me découvre dans le salon.
p337

lundi 6 mai 2013

52 - Vendredi 19 avril 2013 (partie 2/5) : obstination


pluie1Son portable, là, oublié sur le dossier du canapé, me nargue. Maki est retourné chez son médecin. Ses douleurs du dos ne le quittent pas. Le répertoire me donne deux numéros de téléphone de Marco T.... Le dossier des sms me laisse lire la totalité de leurs conversations depuis le mois de décembre. Les mots – simples, explicites – dévoile une vérité cruelle, ainsi offerte et nue. Aucun doute : Maki aime ce Marco. Que suis-je alors ? Rejeté. Anéanti. Atomisé. Déjà peu, plus rien.

mardi 30 avril 2013

51 - Vendredi 19 avril 2013 (partie 1/5) : obsession


leverForcément, la nuit est fautive. Le doute s'immisce, là...détruit toutes barrières...casse les codes... s'installe par effraction. Ou peut-être est-ce le jour qui – trop policé – ment. Au réveil, les questions sont évidences : ni collègue de travail* ni ex-petit-ami de la nièce* ; Maki a menti.
Justement, ce matin, il sort. L'appartement vide s'offre à moi. Papiers méticuleusement triés, rangés, étiquetés... Maki maniaque. Tant mieux. Une honte me saisit. Le travail est presque trop simple. Vite balayée, la honte, par un résultat : en quelques regards, sous mes yeux, une attestation d'assurance pour ce logement...au nom de Marco T... ! datée de la fin janvier.
La honte reprend le dessus, la peur de son retour aussi : je remets en place tous ses dossiers. Et relit tous les messages sur mon portable de cette période de fin janvier. Maki y semble chaleureux comme à son habitude. D'où vient alors cette duplicité ?
question

vendredi 26 avril 2013

50 - Jeudi 18 avril 2013 : plage

plageSoleil donc plage. Maki décline, sieste pour lui. Au retour, j'apprécie ce quartier nouveau où Maki vit désormais. Je l'imagine aller au travail chaque matin. Rentrer le soir. Monter ces étages sans ascenseur. Dans l'entrée de cet immeuble tout neuf, les boites aux lettres s'alignent. Où donc tombera ma prochaine lettre ? Je cherche son nom... Accolé à son nom par un « ET » : Marco T.... ! Ce même prénom que celui du mot de passe* de la veille !
La porte franchie : « Qui est Marco T.... ? ». Pas de réponse. Maki se concentre à écouter de la musique malgache sur YouTube. Il est 17h00, je prends une douche.  Puis je prépare le repas du soir. Vers 19h30, Maki entre dans la cuisine. Sans que je demande rien, réponds à ma question vieille de deux heures : « Marco T.... est un ex-petit-ami d'Angela. Il voulait vivre ici pour être près d'elle mais tu la connais, elle est pas facile à vivre...Il est reparti à Paris. » Ah bon, ce n'est que ça ? Je m'approche de lui, dépose un tendre bisou sur sa joue, le remercier de cette franchise. Ai-je bien perçu cet imperceptible recul de son visage à mon approche ? Et ce souffle de soulagement très discret qui lui a dégonflé la cage thoracique juste après ? Je dois être parano ! Allez, laisse tomber...
il

jeudi 25 avril 2013

49 - Mercredi 17 avril 2013 (partie 2/2) : restaurant

ensembleLe Croisic peine à sortir de cet hiver. Depuis sept ans que tu me les promets, j'adore ! Peu de clients dans ce restaurant. Maki savoure ses moules-frites. Tout va bien. Le port lui-même, exsangue de ses rares touristes de Pâques, semble bien aller aussi. Les patrons sont aimables, pas encore sous la pression estivale. Le plat est bon. Maki se régale. Dans l'après-midi, nous avons flâné sur le port. Tel un gamin, Maki a voulu ça...et ça...et puis ça aussi. Cela lui a fait plaisir. J'aime lorsqu'il est heureux. Son bonheur est le mien. 




p336




Le trouble de ce matin* se dissipe à la faveur de cette nuit un peu fraiche. Tout semble aller très bien. Il a quand même fallu que j'attende sept ans ! Il dit ça en se suçant les phalanges pleines de crème. Il dit cela. Il ne dit que cela. Rien d'autre. Il se régale vraiment, sourit. Ses joies d'enfant lui sculptent – ainsi je les entends – un corps idéal. Je l'aime. La vie ne serait donc que cela : acheter, déambuler, consommer, causer. Tout en surface. Mais qui est donc vraiment ce Marco* ?

mercredi 24 avril 2013

48 - Mercredi 17 avril 2013 (partie 1/2) : mot de passe

doubleMaintenant, choisis un mot de passe. Le grand appartement plonge dans le silence de la ville. Maki a voulu s'inscrire sur Skype, pour discuter avec des cousins de Mada et avec toi aussi. Il ne connait rien aux ordinateurs, je l'aide. Cette façon de trouver mon plaisir dans sa satisfaction pallie l'absence de relations sexuelles. Alors, ce mot de passe? Choisis-en un qui te soit très personnel...Son visage noir, juste à côté du mien, me trouble...et dont tu te souviendras facilement. Pas d'anniversaires. Enfin, timidement, il détache les mots, à voix basse : marco – m-a-r-c-o – 090313 – 0-9-0-3-1-3. Ai-je sourcillé ? Non. Visage impassible, donc. Pourtant, Maki justifie son choix par un C'est un collègue de travail sans grande conviction.
Mon regard quitte l'écran, s'attache à ces doigts – tétanisés sur la souris. L'avant-bras, puis l'épaule. Le cou, enfin... Au sourire affecté affiché, sa gêne installe le doute : Maki ment. Nous sommes le mercredi 17. Je me demande pourquoi il ment ainsi. Et aussi s'il sait que j'ai ressenti son mensonge. J'entre son mot de passe, le répète comme demandé puis le compte se crée. L'odeur du mensonge se dissipera peu à peu mais trop tard. A cet instant, l'image de Maki se trouble déjà. Il rit. Content de voir les choses réussir, scrute l'écran avec gourmandise. Mais je ne vois plus Maki lorsque je regarde Maki.
look

dimanche 21 avril 2013

47 - Avenirs

murIl reste calme. Ecoute, Guy...je t'avais dit, il y a un an déjà, que je devais penser à construire ma vie...Dans la pénombre du salon, son visage tente d'exprimer la sincérité... j'ai 49 ans, pas un sou..comment je vais faire à la retraite ? Je lui ré-explique que j'existe, là, à ses côtés. Que ma porte lui est toujours grande ouverte. Que je l'aime. Que ma propriété est la sienne. Mon argent le sien. Je ne veux pas vivre aux crochets de quelqu'un... Le silence qui ponctue sa réponse me dit qu'elle souligne dans sa tête une contradiction. Explique-moi comment je vais faire pour finir ma vie dignement ? Vivre avec moi ne lui vient même plus à l'esprit. Il a oublié tout ce que nous avons tenté de construire depuis sept ans. Les mots, les déclarations, les rires, les larmes, les jouissances, les plaisirs... Aux oubliettes d'un présent vainqueur, intolérant, supérieur. Arrogant presque, d'avoir su ainsi terrassé notre passé et notre avenir. Tout m'échappe, me file entre les doigts : lui, mes souvenirs de lui, le temps promis, le temps espéré, la nuit qui colore doucement sur Saint-Nazaire, ce salon où nous sommes – lui dans l'embrasure de la porte, moi recroquevillé sur le canapé. Mais de quel avenir parle-t-il ? C'est quoi l'avenir si c'est sans lui ?

46 - Erreur de manip'


headblack 



En voulant modifier les intitulés de mon blog*, tous les articles concernant Maki se sont volatilisés dans les limbes informatiques du serveur. Frayeur et panique : recopier-recoller tous ces posts depuis ce blog-ci, voilà qui va m'occuper... Me distraire peut-être ? Depuis mon retour dans la nuit de vendredi, mon esprit se focalise entièrement sur Maki... Bêtement, il me manque. Mais ce travail devient miroir... Voulant corriger quelques fautes de frappe, je relis chaque mot. Je revis chacun de ces instants si précieux et désormais perdus. Question d'Ardisson : « recopier, c'est pleurer ? »

45 - Monex

p335

Un étrange hasard concentre sur le mois d'avril de nombreuses dates incontournables : pléthore d'anniversaires de naissance ou de décès, premières rencontres ou séparations, évènements familiaux ou personnels, etc...Une vient de s'y ajouter.


Rompre est rarement un exercice facile. Mon mec et moi venons « officiellement » de rompre. Rien de dramatique... Juste des hurlements, des torrents de larmes, des suppliques, des remords, des regrets. Des vérités mais pas de méchancetés. Des aveux aussi (surtout lui). L'un comme l'autre, têtus. Cela s'est produit le 19 avril en fin d'après-midi. A 23h30, Monmec s'appellait Monex. Nous sommes restés en bon terme. Je modifie néanmoins le titre de cette rubrique.
revolte

samedi 17 novembre 2012

44 - Vous, Lui et moi

douche3






Notre amour brouille nos regards. Mes 52 ans n'en peuvent mais. Ma volonté sombre dans ses 48 ans. Nous sommes là (52+48= 100, n'est-ce pas?) en sang à s'attacher le cœur. Une torture qu'aucune de vos eaux ne lavera. Maki vient de repartir.


baignade









Alors on se rattache. A ce qui passe – à Vous, par exemple. Familiales, sociales ou amicales, mes obligations, toutes trop fades désormais, lassent. Chaque fois, ré-apprendre vos lois, une à une. Partager de nouveau mon parcours avec vous. Quand bien même vous exigez chaque fois que j'en écarte le chagrin. Maki vient de repartir.



aigle

Il avance comme il peut, notre Amour. D'un pas un peu patin, hésitant, flageolant parfois. Il brave vos éléments déchaînés. Dans votre tempête, il se forge un destin. Lui et moi. Lui avec moi. Ensemble nous goûtons la même eau. La nôtre, entendez-vous ? La nôtre ! Maki vient de repartir.

Malgré vos règles. Malgré nos entorses. Malgré les cons, les continents, les contingences. Malgré tout. Ce vieillard de 100 ans y résistera néanmoins. Même si Maki vient de repartir.
old man nagasaki

vendredi 31 août 2012

43 - Pudeur (partie 3/3) : trois souvenirs

aisselle



5 ans : de l'autre côté de la vaste cuisine, l'homme me relance l'avion à friction que le Père Noël a déposé au pied du sapin dans la nuit. Il est en tricot de corps blanc ligné. Ses muscles saillent à chaque mouvement de son bras. S'entrevoit une touffe confuse de poils sous son épaule. Quand je regarde ma propre aisselle, il n'y a rien. Absence. Manque. L'image s'évanouit. Ne persiste que cette odeur âcre, saveur salée.


p252 

8 ans : au bout du couloir, l'homme dans le lit m'interpelle. Son torse nu m'attire. Une odeur sucrée de rhum se mêle à celle du café. Assis sur le bord du lit, je l'écoute. Mon regard vif court de ses lèvres à ces poils qui couvrent son torse. Ils me fascinent. Sa voix grave m'impressionne. Il me fascine.
15 ans : pour accéder aux toilettes, il me faut traverser la salle de bain. Une envie pressante me précipite sur la porte close. Il est devant le lavabo, pantalon baissé. Ses fesses blanches accentuent le sillon noirâtre qui les séparent. Dessous, une poche de chair – lourde, massive – tangue, prolongée vers le bas d'un sexe épais qui m'impressionne.
Mon excitation est à son comble lorsque ces trois souvenirs raisonnent dans ma mémoire. Une pudeur pourtant m'en empêche de déclencher le désir. Cet homme était mon père.
pere et fils





Photo extraite de la collection « père et fils » de Grégoire Korganow.

mardi 28 août 2012

42 - Pudeur (partie 2/3) : le genou

p251 



Jamais un mot vulgaire, ou alors inclus dans une plaisanterie. Aucun regard insistant non plus...sauf lorsque nos visages s'enlaçaient langoureusement. Pas de remarques désobligeantes sur nos rituels quotidiens, si ce n'est au début pour accorder nos violons.



p249 











De même, son refus obstiné de se mettre nu à la plage. La rigidité des nombreuses pudeurs de notre relation la rendaient souple, légère. Gangue de manies par nous seuls comprises, elles nous protégeaient. Des autres. De nous-mêmes. Parfois, pour nous moquer de nous, le vouvoiement s'imposait. Il devenait alors « Baronne », moi « Baron ».
Parmi tous ces tics : le rituel du genou. Né de notre première rencontre, ma main sur son genou pendant que je conduisais est vite devenue un réflexe indispensable. Juste posée, ni graveleuse. Rassurante : elle concrétisait le lien ténu de notre union.
Depuis ce 26 février 2012 où Maki initia notre rupture, de toutes ces habitudes, aucune ne survécut. Pas même le simple contact poli de ma main sur son genou. Je n'ose pas remettre ma main sur son genou.
p250