vendredi 3 avril 2026

Nouveau Monde 2/? : Saint Sylvestre !


 Et voilà qu'une silhouette de matador, découpée dans l'encadrement d'une porte, m'attire. Comme un rivage inconnu mais salvateur. Le garçon discute poliment, un verre à la main.

    À me rapprocher de lui, sa voix me guide vers le Sud : un accent la rend mélodieusement andalouse. Ni taleguila ni muleta ni machos aux épaules. Son "traje de luces" : un simple slip, des chaussettes grises. On le sent "bien apretado". Peut-être s'est-il préparé seul au miroir pour revêtir ainsi sa jeunesse.


    Pour passer l'encadrement, le bout des doigts de ma main gauche effleure son coude. Comme il ondoie légèrement vers l'avant pour céder le passage à mon corps massif, mon regard de vigie se pose sur son épaule gauche... Quelques poils y sont clairsemés. Malgré les fumées et les sons, son odeur l'isole. Un parfum de Nouveau Monde, attirant et inquiétant.

    Du coin de l’œil observé, il est un refuge à mes craintes. Son odeur, sa voix, sa grâce me font une digue protectrice. De nouveau confiant en moi, la fatigue me gagne. À l'étage, un lit m'attend. Seul jusqu'à l'aurore.

Nouveau Monde 1/? : Chez moi enfin !

 

   

 

 La fête tient ses promesses : hommes, musique, lumières, slings, mains glissantes, canapés et matelas accueillants, alcool. Chems pour certains...perso, pas mon trip.

    

 

 Entre deux performances, repos dans la cuisine : un peu de champagne et beaucoup de bières. Rencontres amicales, à discuter de nos aventures, à faire connaissance avec des inconnus qui vite deviennent des potes. Rires, regards complices et salaces à la fois, ces hommes conquièrent ma sympathie.


 

    Jamais. Jamais ressentie cette étrange atmosphère d'être "chez moi" enfin...nimbé d'une sorte de bienveillance fraternelle, cerné par des semblables. Sans honte aucune. Sans explication inutile. Sans justification marmonnée en excuses.

    Avoir attendu si longtemps pour connaître ça ! Ce Nouveau Monde à peine atteint, la peur de le perdre s'installe : je plais malgré mon âge ? je conviens malgré mon refus des chems ? Dans les slings, mes mains guident les leurs au plus profond de mon plaisir mais mes regards plongent dans les leurs, interrogateur, craintif, anxieux d'y percevoir une désapprobation.


     

 

    Comme souvent dans ces pièges-là, question de survie, mon champ de vision se restreint aux strictes limites des corps immédiats : au delà, noyade certaine. Un équilibre souhaité parfait entre la ré-assurance de soi et la critique supposée des autres.

    Et voilà qu'une silhouette de matador, découpée dans l'encadrement d'une porte, m'attire. Comme un rivage inconnu mais salvateur.